exposition


 
moulage des chapiteaux (détail)

 
 Le maître de Cabestany
 L’œil bleu, les gestes retenus et mesurés, l’allure presque gauche à force de discrétion, les pieds nus dans des sandales de moine, Alphonse Snoeck a un jour été séduit par les lumières et le calme de Lagrasse et il a abandonné les brumes liégeoises pour venir y installer son atelier de sculpture et de moulage. Avec des élastomères de haute précision, il prend l’empreinte des sculptures, et reproduit en poudre de marbre liée avec des résines les détails des chapiteaux romans : " Je ne connais pas un conservateur de musée qui ne m’ait dit, une fois, “ah je n’avais jamais remarqué ce détail” en manipulant l’un de mes moulages, alors qu’ils ont les originaux devant les yeux pendant des années ", s’amuse-t-il. Mais dans les églises ou dans les cloîtres les chapiteaux sont hauts, les parties les plus belles sont dans la pénombre, ou inaccessibles à cause d’un renfoncement de mur. À hauteur des yeux, les moulages qu’il expose actuellement dans le cloître de l’abbaye de Lagrasse permettent aussi des rapprochements que les éloignements géographiques rendent ordinairement difficiles. Et offrent ainsi la révélation du maître de Cabestany : un sculpteur du douzième siècle, dont on a commencé à reconnaître l’existence avec la découverte, en 1930, d’un tympan, échoué dans la décharge municipale de Cabestany, dans l’Aude. Une œuvre sauvage, primitive, mineure selon certains critiques de l’époque, mais dont on sait aujourd’hui et l’originalité puissante et l’étonnante liberté d’expression. Des mains démesurées, des visages sans front, où les voiles ou les cheveux retombent directement sur le nez, des figures anguleuses et comme taillées dans des cubes, des yeux en amande, dont le regard est accentué par deux légers trous aux coins de l’œil (comme aux commissures des lèvres) et des drapés dont les jeux de rythme jouent somptueusement avec l’espace :

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