La difficile vigueur de la vertu

A 16 heures, dans le petit cloître de l’abbaye, en prélude à la rencontre avec Pascal Quignard, les comédiens Marc Betton et Laurent Manzoni lisent des extraits de son livre Le Sexe et l’effroi

Dans son " recueil de songes offerts à des restes de ruines ", Quignard, reprenant l’incessante interrogation sur le " trouble de notre conception ", fait se nouer cette question sans réponse, dont il nous fait part sans nous la poser vraiment. Grâce à une passion attentive pour l’histoire des mots et des images, en frottant les uns contre les autres des étymons qui font sens, en alignant des images que l’éruption d’un volcan nous a conservées ou que la connaissance des mœurs ou des textes des Anciens sait reconstituer, il nous parle de cet effroi devant le sexe qui donne son titre à l’ouvrage. La distinction entre les perceptions et les impératifs respectifs des pratiques amoureuses dans le monde grec et dans le monde latin nous dit alors cette rupture, cette béance, dont le christianisme a su faire son miel et qui immobilise l’être sans volonté, le choquant ou le faisant fuir dans l’indécence ou le puritanisme.

La méditation de l’auteur le conduit à s’attarder ainsi sur huit points particuliers : fascination du sexe en érection ; spectacles ; métamorphoses ou anthropomorphoses ; multiplication des dieux et des démons ; interdits sur la fellation ou la passivité amoureuse ; émergence de la triste mélancolie post coitum ; exaltation de la continence masculine, sous l’Empire, en lieu et place de la chasteté des matrones républicaines.
À la recherche d’une " image qui nous manque " à jamais, il retrouve aussi, en passant, ce qui se dit dans cette réglementation rigoureuse de la rencontre des corps et des désirs, à propos des liens qui, dans la cité, régissent les relations entre des citoyens qui ont accepté de devenir des sujets, quand chasseurs et hommes de guerre se contentent de l’opulence garantie par l’imperator. L’horizon de cette expérience est le même que celui de la création de l’artiste, qu’il soit peintre, sculpteur ou poète : l’instant de mort, cet instant que l’on approche sans l’atteindre, qui nous occupe en nous repoussant toujours et où se croisent tous les désirs dans la recherche du plaisir. Et c’est bien de cet instant-là que peut naître aussi le roman, récit infini de la possession et de l’abandon, de la perte et du crime. La scène primitive, dissimulée et indicible, reste inconnue au terme de cette course à la pureté, course qui, selon Quignard, " se nomme l’histoire ".

> J.-L. Fournel

à 16 heures : Le sexe et l’effroi, lecture par
Marc Betton et Laurent Manzoni. Petit cloître
de l’abbaye.
à 18 heures : rencontre avec Pascal Quignard.
Petit cloître de l’abbaye.


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