chapitre IX


L’Énigme
des morts sans corps

par Alain Raybaud

J’étais sûre d’une seule chose : la solution de ce bordel se trouvait à l’intérieur des locaux de la Secte des Bienheureux. Une petite visite nocturne s’imposait. Le bazar de chez Suzanne me fournit toutes les bricoles nécessaires : lampes de poche, corde, teinture noire. à la pharmacie, je pus me procurer le coton et le chloroforme, tout en écoutant les habitants du village commenter les derniers événements qui, curieusement, n’avaient trouvé qu’un très faible écho dans L’Indépendant ou le Midi Libre, les deux quotidiens régionaux. N’ayant aucune idée précise pour résoudre ce gigantesque merdier, j’envisageai de kidnapper cette Philomena. Elle semblait être la seule à avoir une idée claire de la situation.
De retour à l’Hostellerie Charlemagne, après avoir fait largement honneur au cassoulet maison (la proximité du danger me donne toujours faim), je m’équipai pour ma petite balade : adieu la perruque rousse, les cheveux seront noirs comme la salopette et le t-shirt juste orné d’une petite lune d’argent. Le " plus beau village des Corbières " était en proie à une grande agitation : le Banquet du livre avait commencé. Un colloque de philosophie avait pour thème " Crimes et Vertus ". Programme particulièrement actuel en ces jours de meurtres et tirs aux missiles. Dans le public, de nombreuses figures familières, que je rencontrais plus couramment dans des bars de Bosnie ou les bordels d’Afrique. Lagrasse m’apparaissait plus que jamais comme une " terre de rencontres ". Mais de qui ? Et pour quoi faire ?

 

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