La porte de lextérieur de la demeure des Bienheureux était
facile à crocheter, les statues de plâtre maidant à
me dissimuler. Je ne risquais plus de rencontrer les deux abrutis que Philomena
avait proprement exécutés. Un escalier désert me permit
de grimper rapidement sur la terrasse. Tout semblait endormi dans la baraque,
à lexception dun halo de lumière qui scintillait
au-dessus du gymnase que javais repéré lors de ma visite
guidée. Je mapprêtais à glisser vers cet havre
de vie, quand deux hommes, devisant paisiblement, surgirent en haut de lescalier.
Tu as vu Fairfax ? il a lair bougon mais cest un
brave type, au fond.
Moi, cest exactement le contraire.
Sans grand étonnement, je reconnus John Doe, alias Harry Williams,
lagent américain et le capitaine OMalley, lIrlandais
bienheureux. Jouvris une porte pour me planquer, elle me fit pénétrer
dans une sorte de coulisse de grand théâtre : partout, soigneusement
rangés sur des cintres, des centaines de costumes ; uniformes de
toutes les armées, robes de bure et blanches gandouras, draps de
lits façon Ku Klux Klan et larges pantalons de jogging à la
mode Hip Hop, cagoules et masques vénitiens. Il y en avait vraiment
pour tous les goûts. De quoi infiltrer tous les mouvements, rassemblements,
associations, églises, guérillas et congrégations du
monde entier. Il y avait même une magnifique tenue de cardinal et,
recouverts dun plastique transparent, quelques smokings et robes de
bal pour les congrès décrivains ou les banquets officiels
sans doute.
Je mapprêtais à poursuivre mes investigations quand
sortant brusquement, vêtu de la réglementaire tenue kaki, un
des adeptes de la secte sempara de moi, un poignard effilé
effleurant dangereusement ma gorge. Au moment précis où il
allait trancher dans le vif, il chuta avec la lenteur dun taureau
bien estoqué sur le sol, à mes pieds. Deux silhouettes noires
se tenaient derrière lui. |

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