cinéma aux étoiles


21 h 30

 Bye-Bye

  de Karim Didri

En 1995, au festival de Cannes, Bye-Bye a pu être considéré comme une alternative à La Haine de Matthieu Kassovitz. Il est certain que Karim Didri présente l’histoire d’Ismaël, français d’origine tunisienne de 25 ans, et celle de son frère Mouloud âgé de 12 ans dans un cadre qui refuse les clichés recherchés par Kassovitz : pas de cité HLM ghettoïsée dans Bye-Bye, mais un quartier central, populaire, de Marseille, le Panier, pas de crescendo de violence mathématiquement dosé, mais " une succession de rythmes joyeux et graves " que le cinéaste dit avoir calqué sur les pulsations de la métropole méridionale. Pourtant, la différence la plus marquante est ailleurs. La Haine plonge trois personnages archétypaux dans une situation qui évolue comme en vase clos, Bye-Bye en revanche prend le risque de brasser un grand nombre de personnages et de les mettre en relation les uns avec les autres. Didri a choisi de " montrer des Arabes dans un film français où ils n’auraient ni le rôle de la victime, ni celui du bourreau, ni celui de l’immigré de service, simplement le visage humain qu’ils ont tous les jours ".

Dans la société ainsi décrite, en regard des modes de fonctionnement d’une famille maghrébine sans cesse en train de réinventer ses équilibres, aucun espace de vie, aucune " institution " n’est coupée des autres grâce à ce que le cinéaste appelle " une construction en poupées russes qui montre à la fois Marseille, le Panier, et dans le Panier, la famille ". On ne s’étonnera pas alors que ce cinéma évoque celui de Jean Renoir pour le goût de la notation réaliste et la façon dont la caméra capte la multiplicité des trajectoires des acteurs. Soutiendra-t-on que Bye-Bye est un remake secret du Crime de Monsieur Lange par la porosité des groupes de voisinage et la conception du méchant débordant de vitalité ? On retrouve aussi dans les deux films la même circulation des femmes d’un groupe à l’autre, moyen suprême de miner de l’intérieur les identités apparemment les mieux assurées.

> Francis Desbarats

cycle vidéo


11 h
15 h
17 h

 Maurice Leblanc

  de Nicole D.V. Berckmans


Comment ne pas tomber sous le charme d’Arsène Lupin ? Comment résister à l’astuce élégante, à la séduisante malice, à l’anarchisme bon enfant, à l’esprit sautillant du gentleman-cambrioleur ? Maurice Leblanc lui-même ne fait pas le poids face à son personnage… à Arsène Lupin et à son Aiguille Creuse de repaire, Maurice Leblanc ne peut opposer que sa villa normande le " Clos Lupin "… Face aux multiples barbes, moustaches, perruques et postiches de tout poil de son personnage, Maurice Leblanc n’a que sa canne, ses moustaches à lui, (toujours les mêmes), son sourire Troisième République et l’allure cahotante que lui donne l’âge du seul film où il figure… Le jeu est par trop inégal. Et Nicole D.V. Berckmans, la réalisatrice du film, a beau faire revivre le salon mondain de Georgette Leblanc, la sœur de l’écrivain, compagne de Maurice Maeterlinck, convoquer sur fond d’images les deux biographes de Maurice Leblanc, évoquer les pages où à l’approche de la guerre de 14 le gentleman se fait chauvin et réactionnaire, reconstituer les colonnes Morris où Lupin a été l’un des premiers héros de littérature à s’afficher, le crime l’emporte inéluctablement sur la vertu, et ce sont les images où Jean-Claude Brialy ou Georges Descrières cambriolent qui restent les plus marquantes et affirment la victoire populaire d’un personnage sur son créateur.

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