instituteur cantonal que la nouvelle administration a voulu installer à la place de l’ancien desservant qui enseignait lui-même les enfants des plus pauvres :
" Ils sont venus en foulle chés moi, pour moter la vie s’ils avoit peu. Moi voiant une partie de la populasse ci effrenné je leur ai fermé la porte au néds et je né leur ai rendu aucune reponse attandant que les premiers qu’ils auroit enfoncé ma porte et qu’ils serroint entré pour avoir mes boyaux, tel qu’ils crioit en d’héors, de faire féu ét dé mé defendre jusque a la dernieré goutte dé mon sang ét dé souttenir la constitution republicaine : tels ont été mes sentimens depuis le comancément de la révollution et lé serront jusqua la mort. Don jé puis sertifié par més papiers la conduitte que j’ai tennu jusqua présent et naiant rien fait a cétte partie du peuple s’ils naviont pas étté sollicités dé lé faire par sé ci dévant prettre ne lauriont pas fait. "
Le " ci dévant prettre " a entrepris de détourner les élèves de cet instituteur – dont on aura noté au passage l’orthographe française approximative – en tenant lui-même école " dans la maison d’un citoyen ". Une action de ce type peut très bien avoir lieu alors même que le maître d’école est indifférent aux affrontements idéologiques. Le fonds du conflit, c’est qu’il ne peut y avoir qu’un seul occupant dans la maison commune où chacun doit envoyer ses enfants pour les faire instruire. S’il arrive que le maître soit choisi en fonction de ses opinions politiques, il arrive aussi que des partis se forment à l’occasion du choix de l’instituteur :
" (Dans le village) il existe deux partis ouverts, l’un attaché au Régime républicain et ayant des relations avec le ministre du culte soumis aux lois, l’autre au contraire ne fréquentant que les prêtres insoumis... C’est dans les citoyens de ce parti que le citoyen Lagarde, instituteur, a le plus grand nombre de ses adhérents, que ces deux partis se donnèrent bien à connaître lors de la nomination de l’adjoint municipal en germinal dernier de laquelle nomination dépendoit disoit-on le maintien
ou le rejet dudit Lagarde... On vit plus de trois cents votants réunis, qui tous ne paraissoient agir que pour ou contre Lagarde. "
On ne peut comprendre une telle attitude que si l’on s’intéresse aux activités diverses des maîtres d’école du temps. L’image d’un enseignant exclusivement consacré à sa tâche serait ici anachronique. Le maître d’école, en particulier dans les villages, occupe aussi d’autres fonctions. À Durban, un postulant écarté de la place se plaint amèrement que
" Le citoyen Martin, commissaire du pouvoir exécutif près l’administration municipale du canton ne se trouvant pas satisfait de cette place voudroit également remplir celle de médecin et chirurgien ; je lui cède avec plaisir les places de commissaire, médecin et chirurgien. Je lui confie encore la santé de tous mes concitoyens, excepté la mienne ; mais je ne voudrai pas qu’il me ravit la place d’instituteur que j’ai remplie depuis un an dans cette commune. "
Si le commissaire est préféré, c’est qu’il est déjà lié au pouvoir municipal, mais surtout que la communauté est assurée de trouver en lui, plus qu’un enseignant, un spécialiste de l’écriture, un professionnel capable de gérer la masse de plus en plus grande de papiers que génère une administration municipale, même dans les communes les moins peuplées. Ainsi refuse-t-on communément, comme à Pépieux en l’an IX, un instituteur qui " quoique jouissant sous le rapport de la moralité d’une réputation intacte, non seulementn’a pas les connaissances nécessaires pour instruire la jeunesse mais ne pourrait être employé comme secrétaire de ladite commune. " À Villesicle, par contre, l’agent municipal peut annoncer avec fierté à ses administrés " que le citoyen Sartre notre secrétaire greffier et la citoyenne son épouse sont dans l’intention de fixer leur résidence dans cette commune, vous les connaissez, ils se sont présentés pour instituteur et institutrice. "
Dès lors, on comprend mieux pourquoi, lors des conflits entre les partisans du curé chassé du presbytère et l’administration révolutionnaire désireuse d’y installer

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