Onze inédits pour le Banquet


Il dit qu’il ne savait pas que l’autre voulait tuer, que lui il tenait le gars, qu’ils étaient venus à deux mais qu’il ne savait pas que l’autre avait un couteau, il dit que (mais après, aussitôt après, c’est lui qui avait emmené en dérive celui qui venait de tuer, lui qui conduisait la voiture) – maintenant il est là, chaque semaine, et quelquefois n’écrit pas mais c’est parce qu’il pense, à l’écart de la violence et de la crasse, comme une manière de se tenir, de ne pas être d’ici. Il l’a même écrit une fois : " Ce lundi dernier a été dur, je n’ai pas dormi de la nuit, je n’arrêtais pas de penser à l’affaire. "
Il dit que c’est une maison dont le type leur avait dit que s’ils voulaient y dormir ils n’avaient qu’à le suivre et que c’était marrant parce qu’il y avait un gros cadenas mais dedans rien à braquer et ça le fait partir d’un gros rire : dedans y avait rien, mais la crasse, des planchers noircis et troués, et pourtant le type leur avait proposé de venir là s’héberger, chez lui (à un autre il avait dit : chez Marcel à Bègles), dans sa maison protégée par un cadenas où vraiment il n’y avait rien à braquer sauf un narghilé, et que le lendemain il était parti avec.
Celui-ci dit que c’est un type qui leur avait loué une caravane aux Sables-d’Olonne et puis leur avait fait visiter sa propre maison, quelques jours plus tard partant en congé leur avait laissé la clé de la maison au cas où : dans la maison il y avait un fusil et plein de choses, est-ce qu’on montre ça à des jeunes gars, ça lui faisait une leçon ça lui apprenait à ne pas faire confiance c’était lui rendre service.
Quand on lui parle il répond à voix basse mais en vous regardant dans les yeux : fuck (et qui trois semaines plus tard, ayant avec lui aussi gagné qu’on travaillerait ensemble, n’avait écrit que trois lignes : " Vivre dans un monde souterrain, vivre en ermite pour être tranquille, pouvoir enfin vivre et pas survivre, être seul et en paix ").
Il parle très bas parce qu’il n’est pas sûr de la juste prononciation des mots qu’il a appris d’oreille et donc on est devant lui juste séparé par la table de bois jaune et ce n’est pas lui qui met sur le papier les mots un à un dictés, on est

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