" Derrière eux, la Ville refermait ses mains détrangleuse.
Dans chaque renfoncement de la rue emplie dombres, des types serrés
contre des femmes avaient des folies qui leur sortaient de la bouche.
Queues gonflées dun désir lourd. Une balle dans
le canon. Dollars. Dealers. Rasta-punks. Police power. "
Amateurs de fictions en col blanc, passez votre chemin. Après
un grand pas dans le bayou Goncourt, Jean Vautrin a renoué avec le
roman noir. Ça sappelle Le Roi des ordures, et il sen
explique sans ambages :
" À lheure où notre planète semboucane,
où les vieux démons cherchent à remonter léchelle,
où les pauvres, les exclus humiliés, catégorisés,
fêlés jusquà losaille en sont réduits
à chercher du pain, des brins, des restes sur la décharge
des riches, jai éprouvé le besoin de renouer avec un
espace libre et enragé où le seul code en vigueur est celui
dune mythologie tenace qui a enchanté ma jeunesse.
Jean Vautrin a commencé cinéaste. Aux armées, il
a filmé les premiers essais atomiques à Reggane (Sahara),
vu des ministres, des généraux, battre la retraite quand les
vents contraires rabattaient les nuages radioactifs sur les officiels. Une
expérience qui sera présente dans un de ses courts-métrages,
Bon pour la vie civile, interdit par la censure gaulliste. Assistant
de Roberto Rossellini sur India, de Jacques Rivette sur Paris
nous appartient, il réalise son premier film, Les Dimanches
de la vie, après sêtre lié damitié
avec Raymond Queneau. Quatre autres films (Adieu lami, Jeff
)
suivront, ainsi que nombre de téléfilms. Et même si
son travail sur Garde à vue obtient le César du meilleur
scénario, le système impitoyable qui régit limage
lui pèse.
" La vérité, cest que jécris
plutôt par colère sèche. Rage. Besoin. Vitalité.
Survie. Pour me retrouver, voyez. Parce que je métais perdu.
Dissous. Haï. Pour cause de premier métier raté. " |
Cette rage de dire linjustice ne lui fait jamais perdre de vue
la frontière qui sépare les bourreaux des victimes, une frontière
sur laquelle sont juchés, en équilibre instable, nombre de
ses personnages.
Des personnages que lacuité de notre regard, sur la ligne
des mots, peut sauver.
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