
par Emmanuel Darley
Dabord cest une voix.
Cette voix, cet accent que lon écoutait le soir, qui nous
racontait des histoires dans le noir et quon attendait, impatients.
À cette époque, la télévision était absente
chez nous. Il y avait les livres et la radio. Les actualités et les
rendez-vous réguliers, le théâtre enregistré,
la Comédie-Française le dimanche, et le soir donc, après
le repas ou juste à la fin, " Marche ou rêve ",
" Ici lombre ".
Nous, cétait le Nord, la banlieue parisienne ou, lété,
la Bourgogne. Longtemps je nai pas su où se trouvait Carcassonne,
les Corbières.
Gougaud entrait chez nous par les ondes, venait nous tenir compagnie,
nous faire frémir, nous exalter, avec ses histoires fantastiques,
ses contes du pays cathare, dautres régions de France, ou de
mondes lointains.
Légendes de la nuit des temps, faits divers surnaturels, sorciers,
fées et magiciens, hérétiques et troubadours.
Récits mis en voix, voix chaude et rocailleuse, qui savait crier
et murmurer, se faire effrayée ou effrayante, violente ou tendre.
Récits, légendes, mis en musique, en ambiance.
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Et alors tout seffaçait alentour, seule cette voix sortant
du postenous enveloppait, nous liait dans une seule et même écoute.
Au générique de fin, la radio se taisait, le réel
resurgissait et on allait dormir, rêver, refaireen songe ces histoires.
Plus tard, au hasard de mes lectures, je lai retrouvé écrivain.
Raconteur dhistoires, scribe de légendes colportées,
recueillies en Europe, en Asie, aux Amériques, sur la terre entière
dans la tradition languedocienne, ouverte vers lOrient, vers
le monde, par les chemins ou par la mer.
Des nouvelles à la lisière du fantastique, du surnaturel.
Un essai sur la science-fiction, des romans. Des romans où la terre
et lhistoire du pays dOc, des Corbières sont toujours
présents, en sont lessence même.
Parfaits, bons hommes, bonnes femmes, croyants, aimés de Dieu.
Sites de batailles, de sièges et de bûchers. Croisades.
Terres mystérieuses de lAude, du pays dOlmes, du
pays de Sault, du Minervois, du Lauraguais.
Raconter avec fidélité lhistoire de ces hommes,
de ces femmes, des croyances et des violences. Raconter, mettre en scène
lhistoire.
Suivre les derniers hérétiques, pourchassés, dénoncés,
contraints de cacher leur foi, de se travestir en bons chrétiens,
doublier leur vision des mondes si partagée entre Bien et Mal.
Chercher,mettre à jour les traces, les signes de ces époques
tourmentées.
Être de ce pays, cest être du pays de la langue, du
pays des troubadours, agrandir la vivacité dune tradition orale,
raconter, raconter encore, recomposer des mélanges et des influences,
ressusciter et lier des légendes et des contes, les dire à
haute voix, dans des livres des arbres à trésors,
arbres à soleil, arbres damour et de sagesse.
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