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De voir et de lire, dans les réactions autour de ces affaires,
des faussetés saccumuler et se répandre, ma incité
à tenter de répondre, au moins en présentant des fragments
de pensée droite, qui requièrent un travail factuel danalyse.
Jai pensé que le Banquet sur " Crimes et vertus "
était le lieu adéquat dune telle réflexion. Tu
parlais à linstant de mes différentes casquettes (militant
gauchiste, cuisinier, etc.). Eh bien, le Banquet pour moi est un lieu où
lon peut surmonter ces éclatements des inscriptions particulières,
parler sans se référer à ces diverses étiquettes,
intervenir en étant fidèle à ce quon est au fond
de soi.
Pourrais-tu rappeler ce que fut laffaire
de Bruay-en-Artois ?
En 1973, le meurtre de Brigitte Dewaere, fille de mineur, provoque
une explosion de colère populaire qui se focalise sur la figure dun
notaire et de sa femme, désignés comme coupables parce que
les turpitudes quon leur reproche indiquent " forcément
" leur culpabilité. Trois éléments vont renforcer
cette certitude populaire de la culpabilité du notaire. 1. Larrestation,
dans un premier temps, dun jeune du coin, Jean-Pierre, chômeur
et fils de mineur ; on y voit la preuve que la justice, pour des raisons
de classe, veut protéger le " vrai " coupable et se refuse
à tenir pour bon le lien nécessaire entre turpitudes et culpabilité.
2. Lintervention du " petit juge " Pascal qui dénonce
une justice " à deux vitesses ". Il est membre du syndicat
de la magistrature mais, par ailleurs, partisan de la peine de mort. 3.
Laction du journal maoïste La Cause du peuple qui soutient
la thèse de la culpabilité ; or, ce journal a un réel
écho à Bruay, en particulier grâce aux campagnes quil
a menées, après le terrible accident de Fouquières-lez-Lens,
sur la sécurité dans les houillères, contre lidée
quil y a une fatalité des accidents du travail.
Ce nest un secret pour personne que je faisais partie du groupe
qui publiait ce journal. Dans ma mémoire, bien que je naie
pas été physiquement présent à ce moment-là
(je suis un militant du Sud, de Nice, puis de Toulouse), Bruay est un lieu
présenté comme celui de la honte. Et cest précisément
pour résister à leffacement de mon, de notre histoire,
que je pense nécessaire de rendre compte de ce lieu et de ce moment,
dans ce quil a de noir, pour que ce quil y a de lumière
dans cette histoire ne soit pas occulté. |