brèves


Plongée dans des zones noires  Librairie (suite)

Hier, dans le petit cloître, les " cris et chuchotements " de Didier Daeninckx, Roger Martin et Jean Vautrin devaient être entrecoupés de lectures et suivis d’interventions sur les croisements entre l’Histoire et des scénarios qu’autorise, permet ou entraîne l’écriture de romans noirs. Ils commencèrent par exposer les raisons qui ont pu conduire l’un, l’autre ou le troisième à embrasser ce choix littéraire (et politique), mais ce qui compta surtout ce furent les " cris " qui ont suivi. On en vint très vite à aborder ce qui tenait à cœur à Daeninckx et Martin : la présence, notamment dans le monde du roman noir, de personnes dont l’engagement politique à gauche de la gauche va de pair avec une certaine complaisance, voire un soutien indéniable, pour les négationnistes.

Daeninckx, directement interrogé à propos de l’annonce dans Corbières matin de la parution de son prochain livre, Le Goût de la vérité, où il se livre à une dénonciation très documentée du parcours de Gilles Perrault, fut mis sur la sellette. Le public ressentit fortement les enjeux d’une discussion passionnée, qui permit de mettre en évidence quelques points forts de l’enquête. Loin de ressusciter une théorie du complot de funeste mémoire ou d’encourager des amalgames qui ont pu affleurer à certains moments dans le débat, il s’agissait de parcourir une voie étroite. Didier Daeninckx a montré ainsi, grâce à une calme démonstration factuelle, comment il est possible de mettre au jour, dans un certain nombre de parcours individuels (dont la conjonction finit parfois par créer de vrais réseaux ou par en rejoindre d’autres dont les liens avec l’extrême-droite sont établis), une continuité obstinée et convaincue dans l’affirmation de thèses abjectes. Celles où se mêlent un antisémitisme et une forme de négationnisme plus ou moins voilés qui, sans toujours nier l’existence des chambres à gaz, établissent des comparaisons et des parallèles qui oblitèrent la spécificité du génocide.

> J.-L. Fournel

Qu'entend-on par littérature noire ? Tout dépend de l'âge. Hier un gamin de dix ans s'est penché sur " Le Poulpe " et la " Série noire " et n'ignorant plus les qualités des libraires ici a demandé " un bouquin qui fout la trouille, mais grave. " Qu'entend-on par l'âge ? C'est beaucoup plus étrange. Une dame est venue au rayon enfant et a demandé un précis d'histoire romaine pour une enfant de quatre ans car " il est temps qu'elle se cultive vraiment ". À part ça, hier, jour de rencontre avec Didier Daeninckx, Roger Martin et Jean Vautrin, le rayon noir n'a certes pas été épuisé, mais il a bellement fondu.

> Ph. R

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