Épiphanie


L’Histoire Sainte

et l’opéra du pauvre

par Dominique Blanc

Le 11 février 1778, à Lézignan, des acteurs amateurs ont représenté pour la première fois une pièce de théâtre chantée, L’Adoration des Rois Mages, pour l’édification des habitants de la ville. Deux copies manuscrites de cette pièce nous sont parvenues. Celle ayant servi à la représentation de Lézignan et une autre, conservée dans les archives de la mairie d’Argelliers, où il est indiqué qu’elle a servi à guider sept représentations dans l’Église de Quarante entre 1746 et 1762. Le texte, en tout point semblable à celui de Lézignan, sauf pour l’orthographe, a été recopié dans un " Cayé De Ladoration Des Rois mages fait par moy Yhacinthe Espardeillias, Serrurier Daumicillé à quarante le 18 avril 1808, natif de Fabrezan "
Nous ne savons, de ces pieuses représentations, rien d’autre que ce que nous apprennent les indications scéniques portées en marge du texte. Il nous suffit, grâce à elles, de les imaginer : " alors herode appélle Sespages Et leur hordonne davertir les Escribes Et docteurs de la loy Et chante sur lair autres fois javaies un ament... " La langue en est, sauf pour les bergers qui utilisent le parler du peuple, un français calqué sur l’occitan, un idiome hybride que la plupart des acteurs devaient chanter sans vraiment le comprendre. La musique, sans aucun rapport direct avec les tonalités de l’action dramatique, est empruntée aux airs de cour, passés eux-mêmes par les chemins détournés des opéras bouffes de la capitale. Des airs de cantiques provençaux, alors à la mode, viennent compléter le tableau :

" Les mages arrivent a la veu dune Étoile chantant sur lair me promenant a petis pas ou lan dirette : Ouvrons priençes ouvrons les yeux / quel astre paroit dans les Cieux / & luit sur nos campagnes /(...) Les mages Entrent dans le palais d’herode ils le saluent Et chantans sur lair le printens Rappele aux armes (...) Herode troublé dun tel Récit par ce que il Crain detre dépoullié du Royaume qu’il avoit usurpé chante Brusquement seur lair a la vengudo de nadal, etc..."


Florilège d’airs de cour, de bouts-rimés et de poésie populaire, ce théâtre religieux chanté dans les églises de campagne fait des vertus chrétiennes le thème privilégié d’un opéra du pauvre.

 

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