(genèse dune traduction) |
Pour Jean-Louis Fournel et Jean-Claude Zancarini, traduire la pensée
politique italienne des XVE et XVIe siècles ne fut que secondairement
remplir un devoir à légard de lecteurs qui ne pouvaient
avoir accès, depuis longtemps, aux textes de Savonarole et Guichardin,
éclipsés en France par le renom grevé de contresens
de Machiavel. Latelier quils animent déploie une
intense activité dexégèse et de traduction à
lÉcole Normale Supérieure de Fontenay, mais répond
en profondeur à un souci et un désir quaucun cadre institutionnel,
fût-il le plus ouvert et le plus libre, ne pourrait satisfaire : inventer
en français la traduction dune langue naissante qui
nest plus le latin pour dire le politique, au service dune
pensée se détachant du droit, de la théologie et de
la rhétorique, et se libérant du moule forgé par Thomas
dAquin autant que dune lecture de lhistoire ancrée
dans lexpérience communale. Cest là un souci traducteur
dont lintensité saccorde à lacte de rupture
que ces uvres ont constitué en leur temps, comme à lacte
critique auquel on peut aujourdhui les soumettre.
Inventer, via lexercice de la traduction, une langue française
capable de dire linquiétude civique et morale des penseurs
italiens de cette époque, ce nest pas accomplir une simple
translation. La fidélité répond ici à une exigence
dont rend assez bien compte le mot, désormais décrié,
de praxis (cest-à-dire de pratique consciente delle-même)
: entendons par là que la rigueur lexicale, historique et philosophique
dont font preuve Fournel, Zancarini et leurs collaborateurs, est le fait
de chercheurs et de traducteurs qui, voulant dépasser les barrières
disciplinaires qui séparent linguistes, historiens et philosophes,
entendent retirer de leur lecture de Savonarole et Guichardin des concepts
pouvant, à distance de plus de quatre siècles, permettre une
prise un discours résurgent sur la réalité
politique et morale de nos années. |