caressée
par Gil Jouanard

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On a coutume de dire, à lévocation dun événement
qui sest déroulé voilà longtemps : " ça
ne nous rajeunit pas ! " Cest pourtant à une cure de
jouvence que nous convie, à laube des temps où lhomme
troqua son statut dusager machinal contre celui de programmateur de
lendemains qui fructifient, le préhistorien Jean Guilaine.
Jeune aujourdhui de neuf mille ans, la révolution du néolithique
nous fit, en ces temps qui depuis toujours ségrenaient au jour
le jour, basculer dans cette ère de prévoyance et de projets
dont nous ne sommes plus jamais sortis depuis.
Du moins, à lheure où Guilaine en discerne les traces,
le rythme de la vie humaine restait-il encore tributaire de lévidence
saisonnière et météorologique, lhomme scandait-il
sa présence en harmonie avec le métronome de la terre et du
ciel.
Et cet âge, en tout cas à ses débuts, où
les conflits ni la concurrence ne semblent avoir commencé à
faire des ravages, paraît bien sapparenter à cette utopie
rétrospective que lon désigne sous lexpression
d" Âge dor ".
Ainsi Jean Guilaine a neuf mille ans, à quelques jours près,
et cest un si bel âge que nous ne pouvons nous empêcher
de lenvier.
Lorsquil fit son apparition quelque part dans une calanque ou
sur un plateau haut en karst, il avait les poches toutes pleines de graines
et issues. Dieu sait doù il venait ! Peut-être des confins
de la Mésopotamie ou, par des passes hasardeuses, de ce fabuleux
grenier à idées que dut être lespace compris entre
le Gobbi et le vaste Deccan
Toujours est-il quil se mit à semer. Afin de ne plus se
perdre dans le labyrinthe minéral et végétal de ce
monde parcouru à grandes enjambées par des chasseurs-cueilleurs
chevelus et hagards. |