— Revenons à vos sentiments sur le théâtre...
— Je ne voudrais pas rabâcher, au point de prendre une pose d’acteur qui n’aime pas le théâtre. Donc précisons. J’ai joué, je joue, je jouerai, c’est mon métier, j’en vis. Mais disons que je suis un peu usé, que je n’ai plus la même fièvre, que tout le cérémonial qui entoure une représentation – répétition interminable, costumes, maquillages, repérage des accessoires – me lasse. J’aimerais arriver au théâtre les mains dans les poches.
— Donc vous aimez la lecture parce que vous y venez les mains dans les poches ?
— Il y a de ça. Mais, même les mains dans les poches, s’il fallait lire le même texte dix jours de suite ça me lasserait. Voyez : ici, la chemise où je range mes textes se vide. Ça me rend gai, parce que j’ai lu, ça me rend triste parce que le temps passe, mais au moins on mesure le temps.
Au théâtre, ma chemise ne varie pas. Jouer cent fois la même pièce, ça m’ennuie. Lire ici, c’est de l’oxygène. Je le fais une fois, bien ou pas – j’ai la volonté de bien le faire –, je renoue avec quelque chose de primaire, de primitif. On a beaucoup abusé du terme de " passeur ", mais c’est comme ça que je me vis quand je lis, et plus le texte est compliqué, plus j’aime lire. Je n’avais jamais lu Platon, pour de bonnes ou de mauvaises raisons peu importe. Là, tu prends Platon en charge et tu l’ouvres. Il n’y a rien que le texte entre l’auditoire et moi, pas de costume, pas de maquillage, pas d’apprêt. L’autre jour j’ai lu pour Marie-Claire Galpérine parce que je pensais que ça pouvait lui être une aide, ce n’était pas prévu, mon plaisir en a été augmenté, je voulais lui dire que je pouvais lire plus longtemps, si ça lui permettait de reprendre son souffle. Je suis une aide, une rame, un gouvernail.
Page Précédente

Retour au Sommaire

Page Suivante