La fabrication du papier
De nos jours, afin dobtenir du papier ou du carton, on fabrique
dabord de la pâte à papier par trituration du bois. Sachant
que le bois est constitué principalement de cellulose et de lignine,
il sagit en fait de dissocier les fibres cellulosiques contenues dans
le bois pour en faire une pâte qui sera ensuite compressée,
étalée en fine couche et séchée. Il y a deux
sortes de pâte suivant le mode de production : la pâte mécanique
et la pâte chimique. La première est obtenue en broyant mécaniquement
le bois et le produit final comprend une pâte de coloration jaune
composée de cellulose et de lignine (le papier journal utilise principalement
de la pâte mécanique). La pâte chimique est élaborée
par laction de solutions chimiques qui dissolvent une partie des constituants
du bois, éliminant pratiquement la lignine. Cette technique étant
très polluante, de nouveaux procédés de fabrication
tendent à se substituer à ce procédé chimique.
Selon la qualité du papier souhaité, des adjuvants, des
résines synthétiques, des colles et des poudres minérales
et des proportions variables de fibres de cellulose de récupération
sont incorporés au cours de la fabrication. Du bois de résineux
et de feuillus sont utilisés indifféremment par les papetiers
mais ces derniers préfèrent néanmoins les feuillus
pour la qualité de leurs fibres. Le blanchiment au chlore permet
effectivement davoir des papiers " plus blancs que blanc "
mais au prix dune pollution catastrophique.
Les méfaits de lindustrie papetière
De grandes quantités deau sont nécessaires à
la fabrication du papier. En fonction des pâtes élaborées,
des modes de fabrication et des installations industrielles, les eaux rejetées
dans les rivières entraînent une pollution plus ou moins importante
mais bien réelle.
|
Deux actions conjuguées sont entreprises pour diminuer cette pollution
: réduction des principales nuisances (diminution de la pollution)
et traitement des effluents (dépollution). Si la pollution de leau
est de loin la plus préoccupante, la pollution de lair existe
également aux endroits riverains des sites papetiers. Le recyclage
du papier ne résout pas non plus tous les problèmes. Son traitement
(désencrage notamment) et les constituants des papiers recyclés
(matières chlorées
) représentent également
une source de pollution industrielle qui nest malheureusement pas
spécifique à lindustrie papetière.
Contrairement aux idées reçues, on ne coupe pas des forêts
en France pour faire du papier (comme au Canada ou en Russie par exemple).
Le bois utilisé par les usines à pâtes provient essentiellement
des sous-produits de la forêt qui trouvent ici un débouché
souvent providentiel. Il sagit darbres déclaircies
(prélèvements darbres dans un peuplement pour laméliorer)
ou de déchets de sciage, de tranchage ou de déroulage de bois
duvre. Il est donc absurde de parler de surface de forêts
détruites pour fabriquer tel journal.
La relation intime entre larbre et le papier
Le liber est la zone périphérique vivante du bois constituée
de cellules aux parois cellulosiques non lignifiées, donc riches
en cellulose. Le mot livre vient du latin liber (partie vivante de
lécorce) (1). Ladjectif libre a la même racine
(encore une métaphore qui emprunte à larbre). Le même
mot désigne les feuilles de larbre où se réalise
la photosynthèse conditionnant le maintien de la vie sur terre et
les feuilles de papier. Larbre et le papier ont ausssi au niveau du
langage partie liée.
1. Voir à ce propos le texte de Pierre Bergounioux
Liber, paru dans Corbières matin No1, 1995.
> par Patrick Valette, technicien forestier de lOffice National
des Forêts.
|