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Librairie
(fin provisoire)

Les livres ont aussi une vie autonome. On a remarqué ici combien les thèmes et les auteurs du jour à l’abbaye pèsent sur le choix des lecteurs. Rien que de très normal, c’est un phénomène remarqué de tous les libraires de France qui organisent des signatures. Plus étrange est la persistance. Hier, à l’avant-dernier jour du Banquet, l’un des livresles plus demandés à la librairie restait, sur la longue durée, celui d’Alain Montcouquiol, Recouvre-le de lumière. Pourtant l’auteur était présent il y a déjà huit jours. Notons aussi qu’hier matin les plus grosses ventes se firent au rayon tauromachie alors que les clarines se sont dissipées depuis une semaine. Tout cela pour dire que malgré l’absence, il peut y avoir persistance.

> Ph. R

La justice et la preuve
" Prendre l'expression de l'intolérable pour l'expression de la vérité ", ces paroles prononcées hier par Alain Raybaud sont le fil conducteur de son intervention aux rencontres de l'abbaye. Alain Raybaud, que Corbières matin présentait dans son numéro 34, traitait de la valeur de la preuve à travers trois " faits divers " : l'affaire de Bruay, l'affaire Dutroux, l'affaire Sofri.
Les deux premières, à près de vingt cinq ans de distance, ont en commun d'avoir donné lieu à des manifestations de l'indignation populaire. On se souvient de la marche blanche, l'année dernière en Belgique, de son calme quand 350 000 personnes ont défilé pour protester contre l'inefficacité de la justice ; l'opinion soupçonnait alors que les exactions du pédophile meurtrier recouvraient un gigantesque réseau de complicités. À Bruay-en-Artois, si l'indignation populaire fut moins spectaculaire et plus localisée, elle n'en fut pas moins virulente et recouvrait les mêmes demandes : on soupçonnait un notaire que les autres notables protégeaient.
Ce qu'Alain Raybaud a souligné, c'est la manière dont la force de l'expression populaire glisse, se superpose et " oblitère " la force de la preuve.

L'affaire de Bruay, 24 ans après, n'a toujours pas livré de coupables ; l'affaire Dutroux en a trouvé trois à ce jour, mais le soupçon du complot, sans qu'aucun nom ne soit prononcé, pèse toujours. Au total, les meurtres d'enfants en Belgique, avant qu'aucune condamnation ne soit prononcée, ont provoqué la démission d'un vice-premier ministre pour cause d'homosexualité. Quoi qu'il en soit, la colère populaire a aussi besoin des dysfonctionnements judiciaires, c'est-à-dire quand fait défaut la force de la preuve ou la volonté de sa recherche.
La preuve, c'est d'ailleurs ce qui manque dans l'affaire Sofri, dirigeant de l'extrême-gauche italienne, condamné vingt ans après les faits pour le meurtre d'un commissaire de police. Ici, le seul témoignage douteux d'un repenti vaut pour la condamnation, malgré le tissu de contradictions qui tient lieu de dossier à charge. Ici, c'est l'attitude du condamné qui plaide pour la force de la preuve. La position de Sofri n'a jamais varié : je suis innocent, je veux être jugé, je ne veux ni indulgence, ni amnésie, ni amnistie.
En fait, c'est d'un geste de la main, celui du doigt inquisiteur que parlait Alain Raybaud. Et de la différence entre désigner et prouver.

> Ph. R

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