concert



21 h

Les orgues du dimanche

Le cheveu blanc, les lunettes d’écaille transparente, soulignées d’un trait plus foncé dans leur partie supérieure, l’œil vert bronze, le regard songeur, Jean Lautier est depuis 1946 l’organiste liturgique et bénévole de Lagrasse, celui qui intègre l’orgue à la vie locale : les messes dominicales, les enterrements, les mariages…
Un homme qui fait corps avec l’instrument de Lagrasse, depuis que le curé de Douzens (son village natal) a décelé chez son enfant de chœur une oreille musicale et lui a enseigné les rudiments de l’harmonium qu’il lui confiait pendant la cérémonie de la bénédiction. Arrivé à Lagrasse en 1946, il a tout naturellement pris la place vacante de titulaire. Il a vécu la première restauration de l’orgue, celle menée par la maison Puget, les facteurs de l’orgue de Lagrasse. Une restauration sur place, et qui a duré un an, durant lequel les ouvriers, logés à l’hostellerie Charlemagne, sur la Promenade ont une première fois refait la soufflerie et installé un moteur électrique : " À ce moment-là, les orgues étaient une vraie ruine ", soupire Jean Lautier… Les dix doigts qui s’appuient les uns sur les autres de façon symétrique, et, de temps en temps, une main qui se libère pour souligner dans l’espace le poids d’une parole, Jean Lautier évoque les concerts des années quatre-vingt, l’été, où l’on invitait à Lagrasse un organiste et un trompettiste soliste. Et l’usure du temps, jusqu’à la récente restauration de l’orgue, l’an dernier, avec la manifestation inaugurale du 17 novembre 1996, dont il conserve l’affiche, fixée sur les rideaux jaunes et plissés de la bibliothèque…

> N. Z.

Boellmann
en Corbières

Le petit-fils de Léon Boellmann, un des compositeurs joués cet après-midi à Lagrasse, habite Talairan. C’est la
première fois qu’il entendra en concert une œuvre de son grand père.

" Léon Boellmann compositeur français, né à Ensiheim (1862-1897)... " Pour Jean Boellmann, paisible retraité à Talairan d’un commerce de fruits et légumes, les quelques lignes du dictionnaire sont une affaire de famille. Léon Boellmann, c’est son grand-père, mort à 35 ans d’une affection pulmonaire. Mais à Paris, au milieu des salades et des pommes qu’il faut aller chercher aux Halles, tôt le matin, ou dans le magasin qui ferme tard le soir, on n’a guère le temps de s’occuper d’autres notes que de celles des clients. Dans sa jeunesse, Jean a bien été pendant près d’une année, avec son frère, chez la sœur aînée de son père qui, elle, était professeur de musique et qui a tenté de transmettre à ses neveux la tradition musicale familiale. Mais Mademoiselle, l’aînée des enfants Boellmann, " tantine Marie-Louise ", était un professeur à principes : d’abord le solfège, puis les instruments " Ah, du solfège on en a fait ! soupire Jean. Jusqu’à plus soif… Et on n’a jamais eu le droit d’essayer l’un des trois beaux pianos du salon. "
Aujourd’hui, Jean Boellmann a quitté Paris et le commerce, pour passer sa retraite au soleil, pas loin de la famille de sa femme, née à Saint-Pierre-des-Champs. Comme l’écrit Marcel Pagnol, il s’étonne un peu d’être le si vieux petit-fils d’un si jeune homme… Mais il a un peu plus de temps pour s’intéresser à la musique de son grand-père : le seul disque qu’il possède, c’est une cliente qui le lui a offert, il y a quelques années, à la boutique, à Paris. Alors dimanche prochain, il sera à Lagrasse, pour entendre en concert, pour la première fois de sa vie, la musique de son grand-père.

> N. Z.

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