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Ceux-ci chantent au son du luth le Ramayana. Rama écoute
sa propre histoire, reconnaît ses fils et récompense
le poète
Le hasard a produit quelque chose danalogue
dans Les Mille et Une Nuits. Ce recueil dhistoires
fantastiques dédouble indéfiniment, jusquau
vertige, la ramification dun conte central en contes adventices,
mais il nessaie nullement de marquer leurs différents
degrés de réalité ; leffet, qui devrait
sexercer en profondeur, est tout en surface, comme un tapis
persan. On connaît lhistoire qui ouvre la série
: le serment désolé du roi, qui chaque nuit sunit
à une vierge quil fait décapiter à
laube, et la résolution de Schéhérazade,
qui le distrait avec des fables, jusquau moment où
mille et une nuits ont tourné sur leurs têtes et
où elle lui montre son fils. La nécessité
davoir au complet ces mille et une sections a obligé
les copistes de louvrage à toutes sortes dinterpolations.
Aucune nest plus troublante que celle de la six cent deuxième
nuit, magique entre les nuits. Cette nuit-là, le roi entend
de la bouche de la reine sa propre histoire. Il entend lhistoire
initiale, qui embrasse toutes les autres, qui monstrueusement
sembrasse elle-même. Le lecteur aperçoit-il
clairement la vaste possibilité, le curieux péril
qui naissent de cette interpolation ? Que la reine continue et
le roi immobile entendra pour toujours lhistoire tronquée
des Mille et Une Nuits, désormais infinie et ciculaire
Les inventions de la philosophie ne sont pas moins fantastiques
que celle de lart : Josiah Royce, dans le premier volume
de The World and the Individual (1899), a formulé
ceci : « Imaginons quune portion du sol de lAngleterre
ait été parfaitement nivelée, et quun
cartographe y trace une carte dAngleterre. Louvrage
est parfait ; il nest pas un détail du sol de lAngleterre,
si réduit soit-il, qui ne soit enregistré sur la
carte ; tout sy retrouve. Cette carte, dans ce cas, doit
contenir une carte de la carte, qui doit contenir une carte de
la carte de la carte, et ainsi jusquà linfini.
» |
Pourquoi sommes-nous inquiets que la carte
soit incluse dans la carte et les mille et une nuits dans le
livre des Mille et Une Nuits ? Que Don Quichotte soit
lecteur du Quichotte et Hamlet spectateur dHamlet
? Je crois en avoir trouvé la cause : de telles inversions
suggèrent que si les personnages dune fiction peuvent
être lecteurs ou spectateurs, nous, leurs lecteurs ou leurs
spectateurs, pouvons être des personnages fictifs. En 1833,
Carlyle a noté que lhistoire universelle est un
livre sacré, infini, que tous les hommes écrivent
et lisent et tâchent de comprendre, et où, aussi,
on les écrit. |