La photographie dit-elle la vérité ? Ce qu’elle masque n’est-il pas souvent plus important que ce qu’elle révèle ?
À partir de ces questions, familières aux photographes et aux gens d’images, nous avons proposé aux habitants de Lagrasse un exercice de style.
Chaque jour, nous photographions une famille, dans le cadre qu’elle a choisi. Une façon pour elle de décider de l’image qu’elle souhaite donner d’elle-même aux lecteurs de Corbières Matin.
Puis nous développons le cliché. Commence alors la confrontation avec le résultat, avec cette vérité qui ressemble plus ou moins à ce que l’on s’imaginait.
Aujourd’hui, la famille Pasquiet.

Comme des
rameaux d’olivier...

Hervé et Béatrice Pasquiet sont
originaires de Vendée et de Normandie. Ils sont arrivés à l’abbaye de Lagrasse en 1984, pour tenter
l’expérience de la communauté de la Théophanie. Ils avaient quatre enfants. La communauté repartie,
ils sont restés au village. Deux enfants se sont ajoutés à la famille.
À 46 ans, Hervé s’est lancé dans une reconversion agricole. Mais la grande affaire de la famille, ce sont
les oliviers…

Hervé : là, on est à la sortie de Lagrasse, sur la route de Saint-Pierre-des-Champs, dans une très vieille olivette, qu’on appelle le Roc des canards ; cet olivier a deux cents ans, c’est un des très rares qui n’a pas gelé en 1956. Cette année-là, le mois de janvier avait été très doux. Donc, il y avait eu une forte montée en sève. Et puis subitement, pendant trois semaines, toutes les nuits, la température est descendue à moins vingt degrés… Presque tous les arbres ont explosé. On ne sait pas vraiment pourquoi celui-là n’a pas gelé. Peut-être n’avait-il pas été taillé ? Peut-être son exposition au nord avait-elle retardé la montée de sève ? Au fond, on ne sait pas trop. Il ne produit presque rien, mais pour nous, c’est un monument historique, aussi important que l’abbaye…
Béatrice : pour la photo, on a hésité… En fait, on aurait pu aller, au contraire, dans une jeune oliveraie, parce qu’on est plutôt tournés vers l’avenir. Mais cet arbre-là est un symbole, un témoin…
Hervé : quand il a été planté, il y avait vingt mille oliviers à Lagrasse ! Aujourd’hui, il y en a au grand maximum mille en comptant ceux qui sont encore perdus dans les taillis.
Béatrice : on a commencé à s’intéresser aux oliviers en les rencontrant au hasard de nos promenades. Et on s’est dit tout de suite qu’il y avait sûrement un projet à imaginer autour d’eux. Et puis ça a démarré doucement, avec Jean Poudou. À force de voir travailler Hervé au jardin, de parler avec lui, il nous a proposé, un jour, de reprendre une petite oliveraie qu’il avait, et qui disparaissait complètement sous les herbes.
Hervé : on ne voyait plus aucun olivier ! Sur cinq mètres de hauteur, il y avait des ronces, des genêts, de la salsepareille, même Jean n’y croyait pas ; lorsqu’il nous a accompagnés là-bas, il s’est dit : ils vont se décourager. C’était vraiment un test. Un an après, je lui ai dit : vous voulez venir jeter un coup d’œil ? On avait tout débroussaillé, tout remis en état. Les gamins nous ont aidés, on s’y est tous mis ; Poudou a été stupéfait ; il disait : depuis 1940, je ne l’avais plus vu comme ça !
Béatrice : on a commencé avec cette vingtaine d’oliviers. Maintenant, on est à six cents, parce que les gens sont venus nous voir d’eux-mêmes, quand ils ont commencé à voir changer le paysage, à voir apparaître des oliviers là où ils pensaient qu’il n’y avait que des mauvaises herbes. Ils nous ont dit : j’en ai une vingtaine à l’abandon à tel endroit, est-ce que ça vous intéresse ?

 

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