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Aux douze coups de midi commencera
au petit cloître la lecture de Don
Quichotte. Elle ne sarrêtera que demain, à
la même heure. Ainsi, pendant que la terre accomplira une
révolution de plus, le texte de Cervantès
résonnera, sans interruption, dans la voix des quarante-neuf
lecteurs volontaires
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Au mois davril dernier,
à Madrid, mille personnes, célèbres ou anonymes,
se sont succédé pour lire, pendant vingt-quatre
heures sans interruption, luvre de Cervantès.
À loccasion de la parution en France dune
nouvelle traduction, réalisée par Aline Schulman
et publiée à lautomne dernier au Seuil, le
Banquet du Livre a choisi de reproduire lexercice.
Philippe Morier-Genoud, qui a
coordonné avec les autres comédiens, Anne
Alvaro, Marc Betton, Nathalie Kousnetzoff et Laurent Manzoni
le travail de découpage et de préparation,
revient ici sur cet événement.
On a presque envie de dire : à quoi sert ce genre dexercice
?
À lépoque
où paraît Don
Quichotte, limprimerie na quun siècle
et demi. On est passé, grâce à son invention,
dun monde à un autre. Limprimerie invente
une oralité silencieuse qui nexistait pas jusque-là
pour le grand public. Lapparition de nouvelles technologies
fait que nous sommes certainement en train de vivre aujourdhui
une révolution dégale importance. Avec Internet,
avec la numérisation, on assiste à un bouleversement
dans lequel, semble-t-il, on tente de séchapper
de limprimerie. Ainsi, lire à notre époque
et de cette manière une uvre comme celle de Cervantès,
cest dire, aujourdhui plus que jamais, limportance
des conditions de circulation des textes. Mais cette ivresse
qui prend les surfers dInternet, devant un horizon qui
recule chaque fois quon avance, cest exactement celle
qui naît de la lecture du Quichotte,
dans le rapport spécifique du scripteur au lecteur, leur
interdépendance, dans les jeux de miroirs et de mise en
abîme qui courent tout au long du roman
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