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Chronique bleue...
Cette colonne quotidienne tentera de restituer, à travers
une subjectivité particulière, un peu de ce qui
sénonce, séchange, se noue et se bricole
dans le Banquet du Livre.

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À lheure
prévue, midi, les premières phrases du Don Quichotte
de Cervantès, lues en espagnol puis en français
par sa traductrice, Aline Schulman, résonnèrent
dans le cloître de labbaye. 120 personnes les entendaient.
Les magnolias centenaires faisaient ombre sur les premiers chalands
du Bistrot du Banquet. Très vite, la librairie fut pleine
dune centaine de lecteurs curieux. La lecture se poursuivait,
des voix de comédiens professionnels ou damants
amateurs se succédaient, sentremêlaient dans
lesprit dun public nomade. On écoutait Cervantès
et chacun y puisait quelque chose. Lun pouvait y deviner
lallégorie des premiers marranes installés
en Espagne, lautre y déceler des postures étrangement
proches de celles des rebelles de Mai. Les mots se confrontaient
à la minérale densité des pierres de labbaye.
Les mêmes phrases, les mêmes thèses prononcées
dans les cubes de béton dune quelconque maison de
culture nauront jamais de tels échos. Dire la vérité
cest aussi donner aux mots leur exacte place et ce nest
pas simple.
Lus aux autres,
offerts dans les pages dun livre, dits dans un colloque
ou enclos dans les colonnes dun journal, ils vont, dans
le Banquet, se répandre en un étrange cheminement,
éclore ou se fermer aux multiples yeux et oreilles de
ce philosophique village.
Il y a cette
année dans léveil de ce quatrième
banquet une absence de fébrilité, une certaine
langueur comme si la lecture étalée sur 24 heures
avait donné du temps au temps.
Pendant ce
temps, la vigneronne qui présentait ses vins de Corbières
sur la promenade de Lagrasse expliquait que le " Livre du
Banquet ", le recueil des Corbières matin
de lannée dernière, était parti en
Chine. Son fils avait épousé une jeune chinoise
et avait tenu à lapporter à lAlliance
Française de Shanghai.
Et cest ainsi que le Banquet vit.
Alain Raybaud |