|

|

" En un lugar de la Mancha, de cuyo nombre no quiero
acordar-me, no ha mucho tiempo que vivia un hidalgo de los de
lanza en astillero, adarga antigua, rocín flaco y galgo
corredor. Una olla de algo más vaca que carnero, salpicón
las más noches, duelos y quebrantos los sábados,
lantejas los viernes, algún palomino de añadidura
los domingos, consumían las tres partes de su hacienda.
"
Les deux premières phrases du premier chapitre de Don
Quichotte sont parmi les plus célèbres de toute
lhistoire de la littérature. Voici comment les trois
traductions françaises les plus courantes les restituaient
jusqualors, et voici la version dAline Schulman,
parue en octobre 1997 au Seuil.
1799 - Traduction de Florian
Dans un village de la Manche, dont je ne me soucie guère
de me rappeler le nom, vivait, il ny a pas longtemps, un
de ces gentilshommes qui ont une vieille lance, une rondache
rouillée, un cheval maigre et un lévrier. Un bouilli,
plus souvent de vache que de mouton, une vinaigrette le soir,
des ufs frits le samedi, le vendredi des lentilles, et
quelques pigeonneaux de surplus le dimanche, emportaient les
trois quarts de son revenu.
1836 - Louis Viardot
Dans une bourgade de la Manche, dont je ne veux pas me rappeler
le nom, vivait, il ny a pas longtemps, un hidalgo, de ceux
qui ont lance au râtelier, rondache antique, bidet maigre
et lévrier de chasse. Un pot-au-feu, plus souvent de mouton
que de buf, une vinaigrette presque tous les soirs, des
abatis de bétail le samedi, le vendredi des lentilles,
et le dimanche quelque pigeonneau outre lordinaire, consumaient
les trois quarts de son revenu.
1614-1618 - César Oudin, François de Rosset,
revue et corrigée en 1928 par Jean Cassou
En un village de la Manche, du nom duquel je ne me veux souvenir,
demeurait, il ny a pas longtemps, un gentilhomme de ceux
qui ont lance au râtelier, targe antique, roussin maigre
et levrier bon coureur. Une marmite, avec un peu plus de buf
que de mouton, un saupiquet la plupart du temps à souper,
des ufs et du lard les samedis, des lentilles le vendredi
et quelque pigeonneau de surcroît les dimanches, consommaient
les trois parts de son bien.
1997 - Aline Schulman
Dans un village de la Manche, dont je ne veux pas me rappeler
le nom, vivait il ny a pas longtemps un de ces gentilshommes
avec lance au râtelier, bouclier de cuir à lancienne,
levrette pour la chasse et rosse efflanquée. Du bouilli
où il entrait plus de vache que de mouton, du hachis presque
tous les soirs, des ufs au lard le samedi, le vendredi
des lentilles et, le dimanche, un pigeonneau pour améliorer
lordinaire, voilà qui mangeait les trois quarts
de son revenu. |