Jean Michel Maulpoix


La découverte

de l'Amérique

JFK Airport
Guichets. Formalités d’usage. Bousculade de chariots. Montagnes de valises et de cartons. Embouteilllage jaune des taxis, échappements fumigènes des bus. JFK est le goulet d’étranglement de l’Amérique.
Première image, juste avant Manhattan : un immense cimetière bordé de cheminées d’usine. Cette métropole de pierres levées reproduit en miniature la ville proche. Ici, les morts dorment debout. Ou plutôt : New York ne dort pas. New York ne se couche pas.
Depuis le sommet de l’Empire State, un soir de tempête de neige, les gratte-ciel sont des glaçons que l’on entend craquer dans un verre à whisky. Cette ville qui rend un son de guitare électrique baigne dans une lumière d’alcool.
Je résume : l’Amérique est un bruit incessant de sirènes, un clignotement hagard de réclames tapageuses, un goût de bonbon chimique, une odeur indéchiffrable de vieille moquette, de graillon, de colle, de sucre, de pop corn, de désodorisant, de cookies, de café brûlé et d’air conditionné.

23e rue
Je dîne d’un bol noir de soupe andalouse, éclairé par une bougie blanche, dans une auberge carrelée de la 23 e rue. New York est cette bougie qui brûle tandis que tombe la neige. Au comptoir, on parle espagnol. Même si la paella s’avère un peu sucrée, ce soir je me trouve à Séville. Toujours cette impression curieuse de quitter puis de retrouver l’Amérique comme si elle

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