érables, chênes verts, buis, genévriers et autres pistachiers (un véritable festival de couleurs à l’automne) s’accrochent vaillamment aux parois calcaires quasi verticales. Depuis le pont, peut-être aurez-vous la chance ou la malchance, c’est selon, d’apercevoir ou d’entendre des " mitounes ". Dans l’imagerie des Corbières, ces fameuses fées lavandières alimentent de nombreuses histoires.

La légende des mitounes
Il n’est pas de cours d’eau, de rivière, voire de grotte, auxquels on ne puisse associer une histoire de mitounes. L’Orbieu n’échappe pas à la règle, bien au contraire, car on dit qu’elles y tiennent souvent des conciliabules.
Les mitounes sont des fées lavandières qui, les soirs de pleine lune, lavent leur linge immaculé, en bordure des plans d’eau avec un battoir en or. Ces femmes à la beauté fascinante qui montrent, impudiques, leur superbe nudité, sont souvent dotées de pouvoirs maléfiques. D’après les dires, elles apportent le malheur à ceux qui les approchent et ensorcellent ceux qui les ont vues. Certains vous diront qu’elles existent vraiment, d’autres vous parleront de ce jeune homme envoûté qui n’a jamais pu se marier après avoir rencontré des mitounes… Alors, légende ou réalité, prenez garde aux mitounes.
Le pont du Sou, situé près de la miellerie de Boysède à Lagrasse, s’appelle aussi le pont des Mitounes car il n’est pas rare, les soirs de pleine lune, d’entendre leur chant mélodieux et ensorceleur monter de la rivière…

De l’autre coté de la rivière, le sentier part sur la gauche pour emprunter un ancien chemin charretier longeant l’Orbieu avant de remonter vers la droite à travers des haies de buis et de chênes. Du haut d’un petit mamelon, découvrez un joli point# de vue sur le site de Montjoi. Les falaises calcaires constituent des lieux de nidification propices à l’aigle royal notamment. Un cheminement sinueux (fiez-vous au balisage jaune) vous entraîne tantôt sous la frondaison agréable de chênes verts, tantôt à découvert jusqu’à un

chemin forestier. En allant vers la gauche, retrouvez rapidement le bord de la rivière pour la traverser au niveau d’un radier submersible. Peupliers, saules et aulnes représentent la ripisylve des bords de l’Orbieu. Quittez un peu plus loin le chemin forestier en empruntant tout droit le sentier, remontant le long de la rivière, qui grimpe jusqu’à la route départementale. Traversez-la et reprenez en face un petit sentier en ignorant un chemin à droite. Un tracé de nouveau tortueux vous permet de vous élever au-dessus de la vallée. Là, un tilleul témoigne de l’emplacement d’une ancienne église avant qu’une rigole ne vous indique la bonne direction. Gravissez plusieurs marches et après un dédale de murets en pierre, atteignez un chemin. Virez à gauche avant de plonger vers Montjoi au-dessus de quelques champs : le point de vue est somptueux. Après avoir dépassé le cimetière, une ruelle
bordant un verger puis l’église vous conduit immédiatement au cœur de ce village insolite perché témérairement sur son piton rocheux. Le site du château et le bord de route à la sortie du village constituent des belvédères naturels parfaits pour contempler la splendeur de ces gorges et la beauté sauvage du paysage environnant.

— par Patrick Valette, technicien forestier
de l’Office National des Forêts.

Pour plus ample information, consultez les ouvrages de Parick Valette : Promenons-nous dans la forêt autour de Lagrasse, éditions ONF, 1997 ; Les plus belles balades dans l’Aude, Les Créations du Pélican, 1994 ; Lagrasse, au cœur des Corbières, éditions ONF (circuit VTT).

 

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