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Claude Simon est photographe
Imaginons,
mais cest bien difficile, que nous ne sachions rien de
Claude Simon. Tentons doublier, mais cest impossible,
quil a reçu le Prix Nobel de Littérature
(ce qui est finalement anecdotique) et que nous avons passionnément
usé quelques exemplaires de La Route des Flandres.
Et regardons les images photographiques quil a sélectionnées,
cadrées, tirées, mises en forme et offertes au
risque du regard extérieur. Nous savons immédiatement
que lil qui a décidé de sélectionner
ainsi des points de vue dans le réel est dune extrême
précision, quil fouille, maniaque presque, le désordre
des choses pour en souligner les rigueurs et les architectures
pour, en fait, mettre de lordre. Nous voyons aussi, très
vite, que tant dans les motifs que dans les lumières,
tant dans les implicites références que dans les
cadres, ces images appartiennent à une esthétique
datable. Le temps de ces photographies que lauteur a visiblement
pris le temps dorganiser est celui dun avant. Nus
et paysages, gitans et graphismes de la nature ou des constructions
humaines, scènes de genre et anecdotes de la rue appartiennent
à une tradition photographique. Comme les graffiti que
Brassaï illustra. Mais, à cause de la maîtrise
formelle dimages qui préfèrent la pertinence
à la virtuosité, il devient vite évident
que Claude Simon photographie ce qui est inscrit dans le réel.
Que lécrivain, et nous voici immanquablement renvoyés
aux mots, procède à des lectures de lespace
dont les écritures appartiennent à un moment, que
lon pourrait superficiellement situer dans les années
cinquante, où la photographie se passionne pour le réel.
La différence, avec Claude Simon, cest quil
sinterroge davantage sur les signes que sur les anecdotes.
Travail du regard sur les aplats du monde, mise en évidence
des formes, des redites, des correspondances qui, finalement,
rejoignent les interrogations de lécrivain sur lirréalité
du monde et sa pratique littéraire du fragmenté,
de la discontinuité et de la précision. (
)
Christian Caujolle
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Lexposition des photos de Claude Simon présentée
à labbaye est une production de la Galerie municipale
du Château deau de Toulouse.
Fondée en 1974 par Jean Dieuzaide, cette galerie, qui
a essentiellement une vocation didactique, organise une quinzaine
dexpositions par an,
et met à la disposition des structures culturelles une
sélection dexpositions itinérantes.
Le texte de Christian Caujolle est
un extrait de celui qui a été publié
en 1992, dans la plaquette de cette exposition, lors de sa première
présentation.
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