révélateur



1/125 ème
de seconde

 Myriam et Jean-Pierre Rommelaere sont belges.
Ils sont arrivés à Lagrasse en 1979, pour tenter l’expérience
d’une communauté de foi chrétienne, à l’abbaye.
Depuis, ils vivent au village. Aujourd’hui, Jean-Pierre
travaille à Lézignan, où il anime un atelier artisanal d’icônes.

 

 

La photographie dit-elle la vérité ?
Ce qu’elle masque n’est-il pas souvent plus important que ce qu’elle révèle ?
À partir de ces questions, familières aux photographes et aux gens d’images, nous avons proposé aux habitants
de Lagrasse un exercice de style.
Chaque jour, nous photographions une famille, dans le cadre qu’elle a choisi. Une façon pour elle de décider de l’image qu’elle souhaite donner d’elle-même aux lecteurs de Corbières Matin.
Puis nous développons le cliché. Commence alors la confrontation avec le résultat, avec cette vérité qui ressemble plus ou moins à ce que l’on s’imaginait.
Aujourd’hui, la famille Rommelaere.


Myriam : cette photo, elle m’a poursuivie depuis qu’on l’a prise ; maintenant que je la vois, je sais que je m’y retrouve tout à fait, et pas du tout…
François : il aurait fallu une autre photo, ou tu serais habillée avec ton jogging de jardin…
Myriam : je ne sais pas si c’est le noir et blanc, mais on dirait une photo d’une grande famille de l’ancien temps…
François : tu ne vas pas découvrir maintenant que tu as tous ces enfants !
Myriam : je ne sais pas quelle image on donne de nous, mais en plus j’ai revu depuis le film La vie est un long fleuve tranquille, et ça me fait trop penser aux Duquesnoy…
Caroline : papa, je veux une tartine encore !
Myriam : il y a ce tapis, ce miroir, cette cheminée…
Jean-Pierre : mais c’est notre maison, ça ! Bon d’accord, d’habitude, il y a toujours quelqu’un qui entre ou qui sort, une casserole posée n’importe où, des miettes par terre, mais tout le reste est là.
Myriam : oui, mais en fait, je sais ce qui me gêne : lorsqu’on est venus s’installer à Lagrasse, on a vécu dix ans à huit dans trois pièces. Ce dont je rêvais, c’était de cette vie communautaire, cette simplicité ; cette idée-là, qui constitue notre famille, elle est complètement absente de la photo ; au contraire, ce qu’on y voit, c’est ce qui s’est accumulé depuis, sans qu’on le veuille vraiment.

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