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Ce n'est pas tout que de ne pas brûler les gens

Il y a deux siècles Voltaire écrivait des juifs :
« Vous ne trouverez en eux qu’un peuple ignorant et barbare qui joint la plus indigne avarice à la plus détestable superstition et la plus horrible haine pour tous les peuples qui les tolèrent et les enrichissent. »
Voltaire ajoutait : « Il ne faut pourtant pas les brûler »
Il lui fut répondu par un écrit anonyme intitulé « Lettres de quelques Juifs portugais, allemands et polonais à Monsieur de Voltaire ». On y lit ceci :
« Ce n’est pas tout que de ne pas brûler les gens : on les brûle avec la plume, et ce feu est d’autant plus cruel que son effet passe aux générations futures. »
Aujourd’hui, entre deux hommages à la vaillance des Waffen SS, l’éditorialiste de National Hebdo, Martin Peltier, explique à ses troupes :
« Nous devons tous comprendre et faire comprendre aux Français que tant que l’on n’aura pas débloqué l’affaire du « détail », les banlieues continueront à flamber et la France à sombrer ».
En une phrase, il dévoile une partie du dispositif idéologique de son parti. Car quel rapport peut-il exister entre le “détail”, ce doute pervers sur l’existence des chambres à gaz qui valut une forte condamnation au chef du FN, et les difficultés avant tout sociales que rencontrent les quartiers périphériques ?
Le bénéfice escompté est double.
- Si le problème du détail est réglé, c’est-à-dire, si l’idée que les chambres à gaz n’ont pas existé s’impose, le nazisme devient une dictature comme les autres, seulement un petit peu plus brutale.
- Et si l’on a pendant cinquante années cru à une telle fable, c’est que certains y avaient de puissants intérêts.
La nécessité de la lutte antifasciste doit être anéantie dans les consciences. L’offensive négationniste est un moyen de réhabiliter un argument central de l’extrême-droite discrédité depuis 1945 : l’antisémitisme.
Dans ce combat, elle a malheureusement pu compter, en France, sur la complicité d’hommes et de groupes situés, a priori, à l’autre extrémité de l’échiquier politique. Dès les années soixante un texte, « Auschwitz ou le grand Alibi » circule à l’ultra-gauche. Il y est prétendu, au nom d’un marxisme mal digéré, que les nazis n’auraient pas exterminé des Juifs mais des travailleurs ! Quelques années plus tard, ce seront des groupes tels que La Vieille Taupe, qui organiseront les coups médiatiques pour propulser Robert Faurisson sur le devant de la scène. Ce professeur de littérature dont un des faits d’armes a consisté à visser une plaque en hommage à Pétain sur le mur d’un hôtel de Vichy, parviendra à écrire dans Le Monde du 29 décembre 1978, un article qui disait :
« Le nazisme est mort, et bien mort, avec son Führer. Reste aujourd’hui la vérité. Osons la proclamer. L’inexistence des “chambres à gaz” est une bonne nouvelle pour la pauvre humanité. Une bonne nouvelle qu’on aurait tort de tenir plus longtemps cachée ».
Les individus le soutenant rejoindront peu à peu le combat de l’extrême-droite, et pour certains ses organisations, mais ils entretiendront toujours la confusion, donnant à leurs publications antisémites des tonalités « révolutionnaires » afin de faire basculer le lecteur pressé ou inattentif. En 1996, ce sont eux qui publieront le livre négationniste de Roger Garaudy et qui obtiendront le soutien d’un abbé en déshérence. Le 1 er 1996 à Paris, lors du défilé frontiste, des groupes de jeunes du Front National scandaient : « À Paris comme à Gaza, Intifada partout, l’abbé Pierre avec nous ».
Aujourd’hui, en France, dans des livres, des journaux, des librairies, on torture les mots pour qu’un jour, dans d’autres lieux plus humides, plus sombres, on parvienne à torturer les corps.

— Didier Daeninckx

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