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On ne se remet jamais de la mort
dun enfant, même si ce nest pas le sien. Je
vivais depuis trois mois avec Tassadit et son fils Mourad quand
ça nous est arrivé. Le téléphone
qui sonne dans la nuit, la voix lasse dune inconnue, des
mots usés mille fois entendus à la télé,
et qui cette fois vous glacent le cur pour léternité
Laccident avait eu lieu près de la frontière
espagnole, un camion couché sur la chaussée, et
le père de Mourad qui roulait trop vite et depuis trop
longtemps. Il sen était sorti, seul le côté
gauche de la voiture avait été broyé. Morgue.
Cimetière. Tassadit avait refusé de lever les yeux
sur lui, de lui parler. À la maison, elle avait découpé
toutes les photos sur lesquelles il figurait, et jeté
ses sourires au feu.
Khedoudja était née
un an plus tard, puis un frère lavait accompagnée
que nous avions baptisé Francis, pour faire plaisir à
mes parents. Comme deuxième prénom, il portait
celui de son demi-frère, et je surprenais parfois Tassadit
qui le lui murmurait, les yeux clos, en le serrant contre sa
poitrine. Il lui arrivait souvent de suspendre ses gestes, à
table, dans la rue, au volant alors que le feu venait de repasser
au vert. Les coups de klaxon des énervés ne lui
parvenaient pas. Je posais doucement ma main sur sa joue et jattendais
que sa tête pèse contre ma paume. Elle me souriait.
Je savais alors que le fantôme séloignait.
Insensiblement, lappartement
sétait rétréci, au fur et à
mesure que les enfants avaient commencé à |