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par Dominique Viart
Lisant le
Jardin des plantes, je voudrais, à linvitation
de Claude Simon et de Montaigne en « délibérer
à parcelles ».
Dérangement
La
réception de ce livre auprès des lecteurs de Simon
produit son étrange effet : cest encore Simon mais
ce nest pas pareil
moins intense, dit-on,
plus éclaté. Cette diversité de ton, de
registres, de sujets étonne ceux qui se sont accoutumés
à lire la puissante orchestration de séquences
des livres antérieurs. Moins intense ? non, ces «
moments nuls », comme dirait Breton, ont même légitimité
que tout autre. Quest ce qui simprime dans le creuset
de la mémoire ? selon quelle inexplicable et tacite axiologie
des intensités intimes ? Lautobiographe conscient
de son image les choisit, au besoin les invente
Simon laisse
venir à lécriture ces moments qui dessinent
plus sûrement que tout autre létrangeté
irrégulière dun homme, son profil de pierre
vive mal taillée, baroque.
Non plus éclaté
jamais aucune synthèse nobsède luvre
simonienne mais plus ouvert, certainement. Plus ouvert
et sur tous les fronts.
Livre kaléidoscope
qui mêle moments de vie et moments de livres. De livres
écrits et de livres lus. Des notes de soi en somme,
et en fragments : ce mélange qui fait un homme, et qui
lessaie Montaigne encore dans les
pages où se cherche, plus que ne se consigne, ce qui lhabite
: « portrait dune mémoire », dit-il.
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Sous-titre
: « roman », encore. Pas dautobiographie ?
« uvre de soi » : le « roman »
de Simon, sa geste et sa langue, son architecture aussi.
Livre, en fait,
qui dérange la lecture, en fait perdre lhabitude,
pourtant peu à peu installée, dHerbe
en Histoire, de Route en Acacia, de Bataille
en Géorgiques
Procédé de dérangement,
ces fragments parallèles, ces collages dans la page, comme
pour dire que tout doit être lu en même temps même
si cela ne se peut.
Rien nest
étranger à rien : la conscience comme un rhizome.
Le Jardin des plantes fait circuler son lecteur sur mille
plateaux (mais je me souviens des réticences de Simon
envers Deleuze : un entretien accordé à La Nouvelle
Critique sindignait de comparaisons pour le moins hâtives
osées naguère par le philosophe).
Réappropriation
Les
livres de Claude Simon : jamais ils ne labandonnent.
Lire Le Jardin, cest rouvrir Histoire, LInvitation,
Le Palace, La Route
Écriture de la mémoire
ou mémoire de lécriture ? Qui sait ce qui
reste dune expérience, de lexpérience
vécue ou du récit quon en a fait, et refait,
et qui hante ? Les phrases, les images, reviennent et
les images avec les phrases et les phrases avec les images :
un mixte du temps qui se fait verbe et se fait chair dans
lécriture qui le reprend. |