rencontre


Le verrou

par Valérie Igounet

Le discours négationniste nie la politique d’extermination nazie à l’encontre des juifs d’Europe. Il dédouane l’Allemagne hitlérienne qui accuse les juifs d’avoir menti afin de culpabiliser l’Occident et de permettre la création d’Israël. Dès l’après-guerre, Maurice Bardèche avance les items du négationnisme. Ses prétentions fascistes discréditent une idéologie prétendument apolitique. L’ancien militant socialiste et déporté, Paul Rassinier, lui succède et devient le premier révisionniste français. Porté majoritairement par l’extrême droite dans un après-guerre qui inhibe toute réminiscence d’antisémitisme, le négationnisme végète jusqu’en 1978. L’affaire Faurisson le sort de son confinement. Soutenu par une ultra-gauche minoritaire, Robert Faurisson insuffle un renouveau au négationnisme en se focalisant sur l’inexistence des chambres à gaz et en s’arrogeant la cause palestinienne. Ses théories sont résumées dans cette phrase, prononcée par le négationniste sur Europe 1, en décembre 1980 : « Les prétendues “chambres à gaz” hitlériennes et le prétendu “génocide” des Juifs forment un seul et même mensonge historique, qui a permis une gigantesque escroquerie politico-financière dont les principaux bénéficiaires sont l’État d’Israël et le sionisme international et dont les principales victimes sont le peuple allemand – mais non pas ses dirigeants – et le peuple palestinien tout entier. » En 1986, Henri Roques est à l’origine d’une affaire éponyme qui inaugure une nouvelle période marquée par le procès Barbie, le vote de la loi Gayssot (13 juillet 1990) et par des « affaires » (Notin, Garaudy, etc.) permettant de mettre au jour la propagande négationniste.
Contemporaine de la création d’Israël, la naissance du négationnisme annonce des enjeux idéologiques. Son essence même dévoile un discours dominé par l’antisémitisme.
Dès l’après-guerre, il présente, en France, cette spécificité de trouver écho et zélateurs aux deux extrêmes de l’échiquier politique. Des rapprochements de personnes, réunies par une convergence d’intérêts, s’opèrent et perdurent. Aujourd’hui, c’est par la banalisation de ce discours, par l’intrusion du discours négationniste dans des milieux comme l’enseignement, par de nouvelles technologies comme Internet, par l’apparition d’une nouvelle terre d’accueil – le monde arabe –, et par l’installation du Front national dans la vie politique française que la diffusion du négationnisme continue plus que jamais. Dernièrement, le directeur de la rédaction de National Hebdo expliquait, après la récidive de Jean-Marie Le Pen à Munich (décembre 1997), qu’il faut faire sauter les derniers « verrous politiques qui retiennent les Français d’adhérer » à l’idéologie frontiste. Ces obstacles idéologiques trouvent leur origine dans la « manipulation historique » de la Seconde Guerre mondiale. Les chambres à gaz sont le « chœur du dispositif d’exclusion des nationaux – et c’est à cause de l’exclusion des nationaux que les Français sont écrasés d’impôts et livrés sans défense à l’invasion du tiers-monde par des gouvernements criminels ». Bien plus, elles constituent la « clé du système ». Rappelons que Pierre Vial, un des fondateurs du GRECE (Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne), membre du bureau politique du Front national et maître de conférences en histoire à l’université de Lyon III, est aujourd’hui vice-président de la commission culturelle du conseil régional Rhone-Alpes. Il expose les « conceptions » historiques du FN dans sa chronique hebdomadaire de National Hebdo intitulée « Notre mémoire » et sous-titrée « antidote aux manipulations et à l’oubli de l’histoire » !

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