atelier


Ecrire en atelier

« Construire la biographie écrite d’un personnage, trouver les images qui se sont incrustées en nous,
et le chemin qui les organise, dans le souvenir complexe qu’on en a. » C’est la règle que François Bon a fixé aux nombreux participants de l’atelier qu’il a animé à Lagrasse autour de l’écriture de Claude Simon.
« À partir du début des Géorgiques, une suite récurrente de phrases avec un “il” et un verbe au présent. »
Voici trois exemples des textes écrits
à l’issue de ces deux matinées.

Il va et vient dans la chambre sombre. C’est la chambre où elle respire encore qu’elle a retapissée avec son plus jeune fils. Elle aime tellement ces fleurs bleues. Il entrouvre la lucarne qui donne sur la cour. Il voit le mur, gris, crépi, propre. Il voit le vide de la cour. Il promène ses doigts sur le bleu de ses veines. Elle dort. Il a quatre-vingt-dix ans. Il attend au premier étage de cette maison achetée il y a trente ans sous les arcades de la place de Lisle-sur-Tarn, la plus belle place de Midi-Pyrénées, les vignes. Il fait tourner la chevalière entre ses doigts. Il la voit, blanche et calme, vivante, à peine. Il l’a rencontrée en 1928, petite et grise, déjà. Il porte le chapeau, fier et beau comme l’italien qu’il est. Il est vigneron. Il boit. Il la bat. Il part et il revient. Il va et vient dans la chambre sombre. Il a huit ans. Le hareng pend au plafond de la cuisine. Il y frotte un morceau de pain. Il le dévore. Il a faim. Il a peur. Il a froid. Il ne parlera jamais de ses années de guerre. Il ne voudra jamais. Il a eu, tous les matins de sa vie, ses vêtements propres et repassés sur le dossier de sa chaise. Il la regarde. Elle dort. Il n’a pas pleuré quand elle a disparu. Laurence Gatti.

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