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Marianne Venisse. |
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| Il a vingt et un ans. Il est conducteur dans un régiment dartillerie. Il est à Carcassonne. Il attend lordre de départ. Se fait photographier. Rejoint son régiment en Avignon. Il monte dans un wagon à bestiaux. Il a soixante-dix-sept ans. Il est étendu dans son lit. Son visage est pâle. Ses yeux sont ceux de labsence. Il remonte un drap blanc sur son menton. Il gémit. Il traverse le champ de bataille. Il tient son cheval par la bride. Il veille sur son chargement dobus. Il essuie une tempête de feu. Le regard fixe. Il ne quitte pas des yeux la batterie den face. Il se couche. Se relève. Passe entre les bombes. Se jette dans un trou. Attend. Repart. Hésite. Il a peur. Il demande de leau. Son lit est mouillé. Il boit peu. Sa main tremble. Sa voix tremble. Il na plus de voix. Il râle. Sendort. Se réveille. Se rendort. Il sest perdu. Il tire sur la bride de son cheval. Revient sur ses pas. Il scrute lhorizon. Il ne voit plus rien. Il est pris de panique. Un épais nuage lemprisonne. Il entend hurler. Il voit des jambes arrachées. Des corps sans tête. Essaie de les éviter. Il ne peut pas. Il marche sur eux. Il écrase des morts. Sa main saigne. Son pantalon est déchiré. Sa cuisse gauche saigne. Il jure. Il est arrivé à Lens. Il se recroqueville dans sa capote. Il sendort sur le quai. Attend les ordres. |
Marche en direction dAix-Noulette. Regarde la colline.
Entend le canon. Repère les chemins dans les bois. Il
a froid. Il sent lurine de cheval. Il a acheté des
cartes postales. Le soir, il lui écrit. La santé
est bonne. Il écrit au crayon. Il ressasse. Santé
bonne. Bonne santé. Il ne dit pas un mot de la guerre.
Il écrit dune main tremblée. Son cheval est
beau. Il en est fier. Il dit quil a du courage. Et quil
reviendra pour les vendanges. Il me prend par la main. Maide
à me hisser sur le siège du tracteur bleu. Jai
peur. Il massied entre ses jambes. Je tremble. Il pose
ses mains sur le volant. Tourne un bouton. Un voyant rouge sallume.
Je pleure. Il ne sent plus son corps. Il tombe. Mord la terre.
Il repousse le drap blanc de son lit. Il a chaud. Il a froid.
Il a soif. Il ne sait plus. Ne reconnaît plus personne.
Il na plus peur. Il va mourir. Serge Bonnery. |
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