cycle vidéo écrivains
15 h
 cycle vidéo documentaires
17 h

Maïakovski (1893-1930)
de Pavel Longuine

Inspirateur de Boris Pasternak, Aragon et Brecht, avant-gardiste radical, futuriste débridé, poète lyrique, rebelle, mais aussi maître du réalisme socialiste, Vladimir Maïakovski est un poète contradictoire. « Dressé comme un géant de bronze » sur les places de Russie, puis déboulonné, il s’est suicidé le 14 avril 1930, à l’âge de 37 ans, et reste aujourd’hui une des figures tragiques de ce siècle.
Pavel Longuine s’attache dans ce film à rendre justice au poète et à démêler vérités et mensonges d’une vie devenue légende. Maïakovski est né le 7 juillet 1894 dans le village de Bagdadi en Géorgie. À la mort du père, la famille, réduite à la misère, s’établit à Moscou où Maïakovski adhère en 1908 au parti Bolchevik. Un emprisonnement de onze mois le persuade qu’il faut être cultivé pour servir la révolution ; il entre en 1910 aux Beaux-Arts, se lie à un groupe futuriste et devient une des figures de la bohème moscovite, vouant les auteurs classiques aux gémonies. Il découvre sa vocation au contact du poète Khlebnikov, « un génial réformateur de la langue russe ». En 1914, sa rencontre avec Lili Brik, la sœur d’Elsa Triolet, bouleverse totalement sa vie. Il lui dédie Nuage en pantalon et compose pendant les années de guerre, La guerre et le monde et l’Homme. La révolution des Soviets l’absorbe ; il fait de son art un instrument politique mais, révolutionnaire et dissident dans l’âme, l’homme Maïakovski est en conflit avec le poète. Il écrit pour la propagande et publie des œuvres intimes J’aime (1922), Sur ça (1923) et deux grandes pièces de théâtre, La Punaise (1929), Les Bains (1930). La rupture avec Lili, en 1925, le mène à New York, puis Paris. En 1930, il se suicide à Moscou, laissant ces mots : « La barque de l’amour s’est fracassée contre le quotidien… Comme on dit, l’incident est clos… ».

— Florence Jammot

Chili, la mémoire obstinée
de Patricio Guzman
Chili 1956

« Nous sommes comme un cimetière où dorment tous ceux que nous étions, mais ceux que nous étions ne sont pas morts car ils se réveillent à la moindre évocation. » (Ernesto Malbran, ami de Patricio Guzman).
La mémoire obstinée, c’est celle de Juan qui annula son mariage, le 11 septembre 1973 au matin, « parce que, avait-il dit à sa fiancée, il y a un problème ». Le bombardement du palais de la Moneda par l’armée chilienne était en train de mettre brutalement fin au gouvernement d’Unité Populaire du président Salvador Allende. Juan s’est battu, les armes à la main. Il revient vingt-trois ans plus tard sur les lieux, déguisé en assistant, et se souvient. À l’époque, dans ce même palais, Patricio Guzman rencontrait souvent Juan. Il tournait La Bataille du Chili, vaste document qui raconte un an d’Unité Populaire et qui n’a jamais été montré dans son pays. Comme Juan, Patricio est un survivant. Il revient avec son film pour réveiller une mémoire occultée par vingt ans de dictature et d’informations mensongères.La mémoire obstinée, c’est aussi celle d’Ernesto Malbran, d’Ignacio Valenzuela, l’oncle de Patricio Guzman qui, au péril de sa vie, avait caché les bobines de La Bataille du Chili, alors que son neveu était détenu dans le stade de Santiago, celle d’Alvaro Underraga, de Pablo Perelman, de José Balmes, d’Isidro et Manuel, les gardes du corps d’Allende, d’Helena sa femme de chambre, de Carmen Vivenca qui a perdu cinq membres de sa famille, « disparus », d’Hortensi Buci, la veuve de Salvador Allende, de Rodolfo Muller, cet exilé allemand qui fuyait le nazisme, père de Jorge Silva Muller, le cameraman de La Bataille du Chili, disparu dans les chambres de torture de la Villa Garibaldi. « Recordar, se souvenir, c’est repasser par le cœur pour s’éveiller. » Patricio Guzman est allé montrer La Bataille du Chili à des étudiants. À la fin de la projection, tous étaient en larmes, éveillés à un rêve qu’ils n’avaient pu imaginer.

— F. J.

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