cycle vidéo documentaires
16 h
 cinéma aux étoiles
21 h 30

Vie et mort des langues
1. Le grec et le latin
de Paule Zajdermann

Toute langue est porteuse d’une culture, d’une civilisation. Ceux qui la parlent ou la revendiquent comme leur la voudraient pleinement autochtone, surgie en un lieu, issue depuis toujours de la nuit des temps. L’excellente série documentaire dont on verra aujourd’hui les deux premiers volets, insiste, au contraire, sur la vie nomade des langues, sur l’importance déterminante de leurs rapports avec les langues des voisins, amis et ennemis, et sur le fait que, le plus souvent, la langue des autochtones vient d’ailleurs. Au début du deuxième millénaire, des envahisseurs indo-européens venus occuper ce qui deviendra la Grèce ont supplanté la civilisation crétoise autochtone. La langue des Mycéniens s’impose aux peuples conquis et quand le monde mycénien périclite, naissent les Cités grecques où fleuriront un type nouveau d’organisation politique et la philosophie, dans une langue dont l’écriture est fixée dans un alphabet phonétique emprunté aux Phéniciens. Quelques siècles plus tard, quand l’Empire macédonien de Philippe et d’Alexandre en aura fini avec l’indépendance des Cités, c’est un vaste monde, marquetté d’une bigarrure de langues, qui adoptera une forme commune du grec pour nourrir sa vie intellectuelle. Quand les romains succèdent aux Grecs dans leur domination du monde méditerranéen, le grec meurt et revit à la fois. Sa forme classique laisse la place à ce qui deviendra la langue parlée par les Grecs d’aujourd’hui. Mais elle a resurgi entre-temps pour nourrir à nouveau l’Europe savante, cette fois comme une langue « morte ».
C’est par ce thème de la langue « morte » que Pascal Quignard commence sa réflexion sur le latin. Car il faut dire que tout l’intérêt de ces documentaires, outre la qualité de leur information, c’est qu’ils sont habités. Le grec par Jean-Pierre Vernant, si l’on peut s’exprimer ainsi, et le latin par Quignard. On sait la passion de ce dernier pour le silence, lui qui fut privé deux fois de la parole. Il nous la fait partager ici en nous invitant à explorer ces deux langues du silence que sont une langue morte et la littérature.

— D.B.

La vérité du jeu :
le jeu de la vérité

De Paris nous appartient (1961) à La Bande des quatre (1988), les personnages-acteurs de Jacques Rivette n’ont jamais cessé de douter… Comme pour s'écarter quelque temps de ces personnages qui cherchent des preuves pour établir une vérité, Rivette compose en 1993 et en deux tableaux le portrait d'une anti-héroïne qui possède une vérité sans preuves : Jeanne d'Arc, à laquelle il donne les traits assurés de Sandrine Bonnaire.
Entre ces deux films, si dissemblables et pourtant si achevés, Rivette revient à la forme dans laquelle il excelle, celle du film en train de se faire, qui tire sa vérité de son élaboration. La méthode Rivette : un cinéma « les yeux bandés » où le motif se dessine au jour le jour et où chacun, actrices, acteurs, scénariste, apporte son secret. Haut, bas, fragile est de cette veine-là, enchanteresse et mélancolique, à laquelle, par goût du risque, le metteur en scène ajoute danses et chansons.
La comédie musicale ainsi donnée déroute, dérange parfois. Une beauté un peu froide, fragile à coup sûr, sert le regard qui découvre les corps. Corps d'acteurs, d'actrices, parfois ingrats, maladroits, émouvants pour une chorégraphie en quelque sorte surincarnée. « La vie vivante : étonnant comme on pourrait, on aimerait vivre dans le film. Pas pour s'identifier aux personnages – impossible de s'identifier, et pourquoi ? – sans doute simplement parce qu'ils bougent sans arrêt, et ce serait là le secret de la bonne distance. » (Leslie Kaplan, dans les Cahiers du Cinéma).

— Christian Thorel

Haut, bas, fragile (1995) de Jacques Rivette avec Laure Côte, Marianne Denicourt, Nathalie Richard, André Marcon, Bruno Todeschini, Anna Karina, Enzo Enzo.

Page Précédente

Retour au Sommaire