rencontre



22 h

Mensonges et vérité

 

Giorgio Pietrostefani est un des trois anciens militants de Lotta continua condamnés sans preuve à 22 ans de prison. Au moment de sa condamnation, il résidait en France,
où il ne courait aucun risque d’être extradé. Il a préféré rejoindre ses amis dans la prison de Pise, afin d’y mener le combat contre cette erreur judiciaire, pour la vérité.


 

 

 

Dario Fo joue actuellement, dans
toute l’Italie, Marino libero ! Marino
è innocente ! (Marino est le « repenti »
qui est à l’origine du procès). Pour cette pièce, il a dessiné quatre-vingt-dix-neuf planches qui illustrent
« le spectacle grotesque et tragique
de l’Italie des mystères, des bombes
de Piazza Fontana à nos jours ».


par Giorgio Pietrostefani

« Dire la vérité » est sans aucun doute un thème stimulant pour qui – comme c’est mon cas – a vu sa vie marquée par un mensonge immonde.
Depuis le 28 juillet 1988, quand, à quatre heures du matin, les carabiniers surgirent dans la maison où j’habitais et m’arrêtèrent – abasourdi par ce qui m’arrivait et incapable d’y croire – la vérité est devenue un argument récurrent de réflexion, dans ma vie d’inculpé puis de condamné.
Les chefs d’accusation à mon encontre étaient particulièrement graves, totalement faux et assortis de circonstances absolument non prouvées. Des milliers de pages de procès-verbaux furent rédigées pour prouver ces fausses accusations portées contre moi.
Une première chose que j’ai pu découvrir c’est que ce qui compte dans un procès n’est pas la vérité des faits, la façon dont ils se sont déroulés, ou dont ils ne se sont pas déroulés dans la réalité effective, mais ce qui ressort des actes du procès. De ce fait, ce ne sont plus les déclarations des inculpés ou des témoins au cours de l’instruction qui ont une valeur, mais ce qui en a été transcrit dans les actes par leur rédacteur. Il suffit donc que des erreurs soient commises lors de la transcription des paroles dites au cours du procès pour que la vérité aille d’un côté ou de l’autre. Les avocats se plaisent à dire : « Le procès est dans les actes. »
Ça ressemble à une boutade mais c’est un fait ; j’irais jusqu’à dire : un bon tour joué par le destin. Il suffirait de lire attentivement les actes d’un procès (je fais évidemment, pour ma part, référence au mien) pour voir avec évidence combien cela est vrai. Et je ne fais pas allusion aux inexactitudes insérées volontairement dans les actes par des magistrats de mauvaise foi, qui dans mon procès sont loin de manquer. Mais je me réfère au fait que, lorsqu’un juge veut que les comptes tombent justes, à cause d’un préjugé de culpabilité, il fait cela, et d’autres choses encore, et parfois sans même le faire exprès. Les actes, donc, peuvent être truqués.

Retour au Sommaire

Page Suivante