12 décembre 1969 : 16 morts à Piazza Fontana. Le premier acte tragique de la « stratégie de la tension » vient de se jouer.

Qu’il y ait eu un préjugé de culpabilité à mon encontre fut évident dans la plaidoirie du ministère public. L’individu qui nous accusait, moi et mes deux camarades, se contredit à plusieurs reprises au cours des débats et, en particulier, il se rétracta à propos d’une circonstance décisive : j’étais ou non en un certain endroit, un certain jour. Alors le procureur de la République italienne, décidé à soutenir la thèse de ma culpabilité, déclara qu’indépendamment des preuves je devais être coupable car personne mieux qu’un manager n’aurait pu organiser toute cette affaire. J’étais incontestablement un manager, mais je l’étais devenu bien des années après avoir cessé mon activité politique, c’est-à-dire bien des années après le jour du crime dont j’étais accusé.
Un mensonge a donc marqué ma vie. Je n’insisterai pas sur l’affaire elle-même. Sur la vérité dans les actes de notre procès, Carlo Ginzburg a écrit un livre, sérieusement et honnêtement.

15 décembre 1969 : un « suspect », le cheminot anarchiste Pinelli s’écrase sur le sol ; il était interrogé dans le bureau
du commissaire Calabresi, à la préfecture de police de Milan.

Je profite de cette occasion pour le saluer et le remercier encore une fois.
Quant à la vérité, c’est un sujet difficile. Je ne me sens pas capable de m’insérer dans un débat philosophique. Je me limiterai donc à quelques considérations ou, si l’on préfère, à transmettre quelques-unes de mes sensations.
Autrefois, la vérité était révolutionnaire. C’est une très belle phrase. Si elle veut dire qu’au moment d’aborder une question, il faut s’efforcer de se rapprocher le plus possible de la réalité des faits, je crois être encore d’accord avec une telle formulation. Pourtant cette phrase possède une saveur poétique et, en général, la poésie a bien peu à voir avec la vérité ; elle a plutôt, quand c’est de la poésie véritable, à voir avec la beauté qui, malheureusement, est tout à fait autre chose.

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