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par Jean-Claude Zancarini |
Avertissement
au lecteur
Ce texte sur la façon dont le républicanisme
florentin du xvie siècle aborde la question de la recherche
de la vérité nentend pas être un texte
dérudition universitaire. Ce qui est là envisagé
se nomme éthique du travail intellectuel, saisie dans
lacte de pensée dhommes impliqués dans
lhistoire de leur temps et qui tentent den rendre
compte. On est là dans le temps des hommes, dans «
cette histoire brûlante encore », pour reprendre
la formule de Fernand Braudel qui invitait, pour sa part, à
sen « méfier » (préface à
La Méditerranée
et le monde méditerranéen à lépoque
de Philippe II, 1949). Or, cette histoire brûlante du
temps des hommes leurs rêves et leurs illusions,
leurs réussites et leurs échecs cest
au fond ce qui mimporte ici. Et il me semble que la tension
vers la vérité que je crois déceler chez
« mes » Florentins peut nous dire quelque chose sur
notre propre façon de rendre compte de notre propre histoire
et de notre propre temps.
En une formule
du Prince, Machiavel résume sa méthode de travail
intellectuel : « puisque mon intention est décrire
chose utile à qui lentend, il mest apparu
plus approprié de suivre la vérité effective
de la chose que ce qui a été imaginé à
son propos » (chap. xv). Que faut-il entendre dans cette
volonté de suivre la verità effettuale della
cosa ? Le terme effettuale désigne ici à
la fois les « faits » et les « effets »
: ce qui sest passé et ce qui en a découlé
: lhistoire et la politique. Ce double sens nest
pas sans conséquences. Il sagit donc de décrire
fidèlement les faits, de sen tenir aux choses vérifiables
(« en se méfiant de la douceur des noms »
précisera Francesco Guicciardini, contemporain, compatriote
et ami de Machiavel) ; mais aussi de prendre en compte les effets
des choses. Certes, cela exclut « ce que lon a imaginé
à propos des choses », cela implique quon
ne sen tienne pas aux « noms » fussent-ils
doux, mais au contraire que lon aille voir ce quil
y a derrière « cette douceur ».
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