|
Close up, long shot
de Moslem Mansou
et
Mahmoud Chokrollahi
Fou de cinéma mais très pauvre,
Sabzian est ce personnage qui dans Close up, un film du réalisateur
iranien Abbas Kiarostami, se fait passer pour le metteur en scène
Makhmalbaf, auprès dune riche famille qui lui offre
de financer son prochain film. Arrêté pour escroquerie,
Sabzian sen sort dans le film comme Hossein, inspirateur
et interprète du film, sen est sorti dans la vie
grâce à sa rencontre avec Abbas Kiarostami. Voulant
comprendre les véritables motivations de Hossein, Moslem
Mansou et Mahmoud Chokrollahi sont allés à sa rencontre
et ont ajouté un prolongement à Close up.
« Un jour, raconte Hossein, mon père
ma pris par la main et ma emmené au cinéma.
Depuis, mon père ma lâché la main,
mais le cinéma ne ma pas lâché. Cest
une obsession. Quand je regarde un film, je disparais dedans
en fondu, jatteins les profondeurs de limage. »
À Ispahan, la ville de son enfance Hossein fait lécole
buissonnière pour aller au cinéma. Aujourdhui,
ladulte quil est devenu se sent toujours soumis à
lenfant quil était, mais son regard a changé
: il ne conçoit plus le cinéma que comme un jeu
de forme et de lumière. Et comme pour montrer quil
en connaît aussi les règles, il interroge à
son tour : « Quel Sabzian essayez-vous datteindre
? Celui que lon voit en contre-plongée ou celui
que lon voit basculer et qui finit par tomber ? et il ajoute,
Sohrab disait : je connais un âne qui connaît
le foin. Moi, je ne comprends peut-être pas le foin,
mais je suis heureux ainsi parce que je vais vers lui
»
F. J. |
Van Gogh
de Maurice Pialat
Maurice Pialat, de cinq ans plus âgé
que Godard, Truffaut et Chabrol, na accédé
au long métrage que dix ans après eux. Mais ces
dix ans de décalage ne justifient pas une opposition que
Pialat souligne avec aigreur : « La Nouvelle Vague, vous
savez que je naime pas ça. » Cest que
les « Jeunes Turcs » des Cahiers du Cinéma
traitaient, au moins à leur début, de personnages
détudiants ou de voyous profondément célibataires,
voués dans les métropoles à une errance
dabord métaphorique. Au contraire, Pialat a choisi
des personnages pris dans le contexte social très prégnant,
où la moindre fantaisie se paie au prix fort et sans délai.
Acceptant en 1990 la commande dun Van
Gogh, Pialat ne pouvait envisager dériger lartiste
en figure singulière. Et, même en ne traitant que
les trois derniers mois de la vie du peintre, à partir
de son installation chez le docteur Gachet, le cinéaste
semploie à dresser le tableau de tout un peuple
de paysans, militaires, cuisinières, aubergistes, prostituées,
maquereaux, dont les activités intègrent Van Gogh
dans un double cadre rural et parisien dune manière
qui rappelle le Renoir des années trente, référence
que Pialat revendique hautement : « La Partie de campagne,
je lai vu vingt fois, ce qui ne mest arrivé
avec aucun autre film. [
] Le seul point commun que nous
avons, les Cahiers de la Nouvelle Vague et moi-même,
cest daimer Renoir. » Mais par ailleurs, Pialat
se moque de lauthenticité archéologique.
Il invente une histoire damour avec Marguerite, la fille
du docteur Gachet ; il modifie la cause immédiate de suicide,
en remplaçant lannonce du départ de son frère
Théo par un accès dépressif qui saisit le
peintre au cours dun joyeux retour en train avec Marguerite.
À la tentation biographique, Pialat oppose aussi une dramaturgie
soigneusement cassée : pas de séquences daccomplissement,
mais des actes dépourvus de finalité forte, des
chansons, des discussions qui ne mènent quà
des simulacres dissues comme la séquence de la noyade
ratée par exemple.
Francis Desbarats
|