rencontre


Europe,
une mouvante rosace

À l’occasion du soixante-quinzième anniversaire d’Europe, nous avons rencontré Jean-Baptiste Para, qui en est depuis quelques années le rédacteur en chef adjoint.

 

Entretien avec Jean-Baptiste Para

Bernard Simeone. — Depuis sa fondation en 1923, Europe est une revue à la fois profondément présente dans le paysage littéraire et intellectuel, et perpétuellement à redécouvrir, tant sa constance et sa rigueur la situent loin des engouements et des phénomènes de groupes. Pourriez-vous d’abord retracer son histoire, les phases majeures de son évolution, et peut-être aussi réagir à cette définition quelque peu succincte donnée par Le Nouveau Dictionnaire des œuvres Laffont-Bompiani : « Europe a conservé, depuis la guerre, une ligne de conduite qui la fait progresser dans le même sens que les forces de la gauche intellectuelle » ?

Jean-Baptiste Para. — Pour tenter de répondre à votre question qui couvre soixante-quinze ans d’histoire, je me reporterai d’abord à un texte de René Arcos, « Patrie européenne », publié dans le premier numéro d’Europe en février 1923. On y découvre les motivations et l’état d’esprit des fondateurs d’une revue qui s’ouvrit d’emblée aux collaborations d’écrivains du monde entier. On était au lendemain de la Première Guerre mondiale et la distance qui nous sépare de ces années n’affaiblit pas la résonance des propos de René Arcos : « Nous disons aujourd’hui Europe parce que notre vaste presqu’île, entre l’Orient et le Nouveau Monde, est le carrefour où se rejoignent les civilisations. Mais c’est à tous les peuples que nous nous adressons. Ce sont les voix autorisées du plus grand nombre de pays que nous entendons faire témoigner ici, non pour les opposer puérilement les unes aux autres, non pour dresser des collections d’opinions, mais dans l’espoir d’aider à dissiper les tragiques malentendus qui divisent actuellement les hommes. […]

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