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pas, hormis quelques fois, et parce que cest alors mon
devoir le plus strict, " amie du vivant ".
Si le rédacteur
avait recherché (et parcouru) quelques-uns de mes livres
aujourdhui oubliés, fût-ce un seul dentre
eux, Le Port de Tolède, il aurait compris que je
ne suis pas cette amie du vivant dont il parle, sinon par un
commun sentiment dhorreur à légard
de lenfer où plus ou moins saufs en apparence
nous vivons tous, et juste lespace dun instant.
Donc, amie du vivant, non, si par vivant, et par êtres
vivants, on entend aussi tous les êtres humains
durant leurs périodes de triomphe, de vanité, de
cynisme, enfin de mépris et de cruauté envers ceux
qui leur sont " inférieurs " en pouvoir, et
dabord envers les vaincus.
Amie des oiseaux, et de tous les enfants de la Nature, toujours
; mais pas ou du moins presque jamais de la "
nature " humaine.
Si ce même
rédacteur mavait interrogée avant décrire
(mais aujourdhui plus personne ne le fait), jaurais
donné des réponses précises et me sentirais,
devant ce beau portrait, moins trahie. Jaurais voulu être
une personne de paix, comme il est écrit dans larticle,
mais en vivant je suis devenue une personne |
de guerre. Et ma guerre, qui désormais touche à
sa fin, fut une guerre silencieuse, le cri silencieux de qui
est opprimé par lUnivers entier, et par ses tueurs
que sont la beauté même, le temps, le printemps,
la fortune, et aussi la justice réduite aux continuelles
exécutions sommaires des plus faibles et des prisonniers.
Amie du vivant
en général, non, mais du vivant qui pleure de toute
part : dans les bois, à laube, avant le massacre
; à toute heure du jour dans les
villes perdues ; sur les continents soumis à une continuelle
désertification et pillés, privés du peu
qui leur reste. Amie des vivants en deuil de justice, proies
sans répit des puissances victorieuses, chassés
comme des loups et, en tant que tels, accusés de ne pas
être lHomme. Il est donc impossible dêtre
amie de tout le vivant sans trahir sa propre raison. Que je ne
trahirai pas.
Mais je nai
pas le sentiment de vivre dans une illusion, de vivre dune
intelligence désespérée, comme le suggère
lauteur de larticle. Le mépris et la rage
envers le Mal (parfaitement reconnaissable dans la définition
philosophique du Néant actif) qui domine tout ce siècle,
et toute la planète (comme |