rencontre



16 h

Quimera par Ana Nuño

Quimera est née à Barcelone en 1980, au beau milieu des années dites de transition, qui menèrent l’Espagne du long tunnel de la dictature franquiste à la pleine assomption de la démocratie. Cette revue mensuelle, essentiellement mais pas exclusivement vouée à la littérature, a gardé de ses origines le goût de l’ouverture à des discours non institutionnels et aux manifestations les plus libres de la parole et de la pensée.
À la naissance de Quimera présidèrent des intellectuels reconnus pour leur esprit indépendant, souvent même frondeur, tels Juan Goytisolo, Susan Sontag, Carlos Fuentes, Julian Rios et Rafael Gutierrez Girardot. Depuis, ce goût pour les manifestations les plus libres de la création littéraire, hors des sentiers battus, ne s’est jamais démenti. Au point que la revue, qui s’est toujours refusée à accepter subventions ou aides pouvant porter atteinte à son autonomie, a failli plus d’une fois sombrer corps et biens.
Quimera fait donc figure de symbole. Elle doit se libérer pourtant du destin ambigu que lui offrent le succès d’estime et une réputation consolidée au fil des ans. Car le plus grave des dangers, le conformisme, guette toute publication qui s’en contenterait. Son fondateur, Miguel Riera, et son actuelle directrice, Ana Nuño, conscients de ce risque, ont tenu à relever des défis particulièrement ardus. Le plus pressant de ces défis est, actuellement, de donner à lire et à comprendre des voix autres que celles, dominantes, qui s’imposent dans un monde offrant l’image consensuelle de la globalisation.
Par ses dossiers, tous les mois, la revue ouvre une fenêtre sur des littératures peu ou mal connues, qu’elles viennent de l’Afrique anglophone, francophone ou lusophone, des rues de Caracas, de l’Albanie toute proche et pourtant si lointaine, ou encore, en Espagne même, de la Galice ou des îles Canaries.

Consciente aussi de son rôle de lieu de rencontre et de dialogue entre l’Espagne et l’Amérique latine, Quimera multiplie les interventions des écrivains nés de l’autre côté de l’Atlantique, aujourd’hui moins connus ou reconnus en Europe que du temps du boom des Garcia Marquez, Vargas Llosa et Fuentes. Quimera offre, enfin, tous les mois un regard sur l’actualité littéraire qui se veut franchement critique, à l’abri des pressions et complaisances du milieu éditorial.

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