Numéro 42



à l'affiche :
Un gant qui se retourne...
Une passion inutile
La vérité comme témoignage
La caméra aux champs :
Stefan Zweig (1881-1942)
La question des alliances
Dieu sait quoi

Rebondir :
Jardin et bateaux
Héliot
Faire face au défi du scepticisme
Dire le vertige
Un mini concert d'orgue chaque jour à Lagrasse

Chronique bleue :
On va voir ce qu'on va voir
 

Photo d'identité :
La vigne échantillon
L'auberge espagnole :
Une nature frantalière
Un été des étals :
Le brochet
Garrigue :
Le plateau de Lacamp
Inédits :
Prologue
Pratique :
Renseignements pratiques


 
en couverture : Nadar en ballon, photographie prise en studio.
L’un des premiers films de l’histoire du cinéma est un aimable mensonge. Au tournant du siècle, Georges Méliès s’empare du cinéma naissant pour jeter le trouble sur une réalité « enfin » représentée : les voitures de place deviennent alors des corbillards, en un battement de paupière, et les spectateurs, émerveillés, « n’en croient pas leurs yeux »…
L’une des premières photographies est une mystification. En 1839, Hippolyte Bayard invente le procédé photographique « positif direct ». Au même moment, dans des laboratoires solidement subventionnés, Louis Daguerre met au point son procédé. En 1940, les rédactions reçoivent une image. On y voit un homme dénudé jusqu’à la taille, enroulé dans un drap blanc, la tête ballante sur le côté, les yeux clos. Au dos, on peut lire à la plume : « Le cadavre du Monsieur que vous voyez ci-derrière est celui de Monsieur Bayard, inventeur du procédé dont vous venez de voir ou dont vous allez voir les merveilleux résultats. […] Le gouvernement, qui avait beaucoup trop donné à Monsieur Daguerre, a dit ne pouvoir rien faire pour Monsieur Bayard, et le malheureux s’est noyé. Oh ! Instabilité des choses humaines ! Les artistes, les savants, les journaux se sont occupés de lui pendant longtemps, et aujourd’hui qu’il y a plusieurs jours qu’il est exposé à la morgue, personne ne l’a encore reconnu, ni réclamé. Messieurs et dames, passons à d’autres, de crainte que votre odorat ne soit affecté, car la tête du Monsieur et ses mains commencent à pourrir, comme vous pouvez le remarquer. »
Évidemment, l’image fait sensation. Pourtant, Hippolyte Bayard n’est pas mort. Il vient juste d’inventer la première mystification de l’histoire de ces nouvelles images.
Depuis, et quelques Timisoara plus loin, on s’interroge toujours sur ce que dit l’image, ce qu’elle cache, qu’elle révèle d’absence ou d’évidence. Et l’invention du virtuel ouvre de nouveaux gouffres. La technique s’affine et le mensonge devient plus facile encore. Plus impérieuse la vigilance et la réflexion, pour tendre au mieux vers un monde enfin « réalisé sans trucage ».

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