
en couverture : Nadar en ballon,
photographie prise en studio. |
Lun des premiers films de
lhistoire du cinéma est un aimable mensonge. Au
tournant du siècle, Georges Méliès sempare
du cinéma naissant pour jeter le trouble sur une réalité
« enfin » représentée : les voitures
de place deviennent alors des corbillards, en un battement de
paupière, et les spectateurs, émerveillés,
« nen croient pas leurs yeux »
Lune des premières
photographies est une mystification. En 1839, Hippolyte Bayard
invente le procédé photographique « positif
direct ». Au même moment, dans des laboratoires solidement
subventionnés, Louis Daguerre met au point son procédé.
En 1940, les rédactions reçoivent une image. On
y voit un homme dénudé jusquà la taille,
enroulé dans un drap blanc, la tête ballante sur
le côté, les yeux clos. Au dos, on peut lire à
la plume : « Le cadavre du Monsieur que vous voyez ci-derrière
est celui de Monsieur Bayard, inventeur du procédé
dont vous venez de voir ou dont vous allez voir les merveilleux
résultats. [
] Le gouvernement, qui avait beaucoup
trop donné à Monsieur Daguerre, a dit ne pouvoir
rien faire pour Monsieur Bayard, et le malheureux sest
noyé. Oh ! Instabilité des choses humaines ! Les
artistes, les savants, les journaux se sont occupés de
lui pendant longtemps, et aujourdhui quil y a plusieurs
jours quil est exposé à la morgue, personne
ne la encore reconnu, ni réclamé. Messieurs
et dames, passons à dautres, de crainte que votre
odorat ne soit affecté, car la tête du Monsieur
et ses mains commencent à pourrir, comme vous pouvez le
remarquer. »
Évidemment, limage
fait sensation. Pourtant, Hippolyte Bayard nest pas mort.
Il vient juste dinventer la première mystification
de lhistoire de ces nouvelles images.
Depuis, et quelques Timisoara
plus loin, on sinterroge toujours sur ce que dit limage,
ce quelle cache, quelle révèle dabsence
ou dévidence. Et linvention du virtuel ouvre
de nouveaux gouffres. La technique saffine et le mensonge
devient plus facile encore. Plus impérieuse la vigilance
et la réflexion, pour tendre au mieux vers un monde enfin
« réalisé sans trucage ». |