Pierre Autin-Grenier


Un petit bout

de chemin

avec Ascaso et Durruti

À Mazarine Pingeot,
À Jérôme Garcin

Même au mitan de décembre au Mexique il fait toujours beau et Durruti et Ascaso, pistolet Star au poing, à contre-jour soudain surgissent, ils braquent la caisse et crient bien fort : " Haut les mains ! " (en espagnol, bien sûr). Il y a aussi Gregorio Jover qui, d’un revers de manche, récupère vite fait le peu de ferraille resté sur le comptoir comme si les grosses coupures, déjà dans le sac, ne suffisaient pas. " C’est pour faire l’appoint ! " il dit en rigolant, pour décrisper Durruti et Ascaso tandis que leur guimbarde pourrie démarre en crachant ses poumons et les emporte tous trois vers un joyeux Noël pour le journal du syndicat et des panoplies de Robin des bois pour les petits morveux des favelas.
Nous sommes en 1925, un peu comme aujourd’hui ; à Paris Fréhel – la Reine des Apaches ! – chante Du gris et déjà Buenaventura Durruti, le rebelle, est mon ami.

Quand il m’arrive, (pas souvent), de pousser la porte de la Banque Populaire Provençale & Corse, alors, c’est plus fort que moi, toujours je pense à Durruti et à son pistolet magique. Dans ma tête je crie bien fort : " ¡ manos arriba ! " Mais parce que rien de ce qui m’est naturel ne peut apparaître comme vraiment très dangereux, les paniquards de derrière les guichets, ne reniflant que dalle de louche là-dessous, du coup ne bronchent pas d’un cil et m’accueillent froidement tel n’importe quel quidam dont le compte depuis des lustres est dans les choux.
Ainsi je reste planté au beau milieu de la

Prologue

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