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Dire le vertige
Une douceur terrible sentendait,
au petit cloître, dans la lecture quont donnée
Laurent Manzoni et
Philippe Morier-Genoud du « Grand Inquisiteur »,
cette partie des Frères Karamazov devenue un morceau
danthologie presque imprononçable. Sagissant
dune uvre dont on situe souvent la force dans la
pensée plus que dans lécriture, la gageure
était encore plus grande pour les comédiens. Mais
cette douceur, quils surent infuser à la tension
du dialogue
fraternel comme au vertige du « poème » dIvan
Karamazov, a restitué, paradoxalement, la violence native
du texte : oscillant entre conflit et séduction, faisant
résonner toutes les digressions et toutes les diaprures
du récit sans jamais renoncer à une tension centrale,
à un véritable funambulisme, Manzoni et Morier-Genoud
ont offert une mise en voix où les questions les plus
transgressives, touchant à lenfer de la liberté
humaine dans labsence de Dieu comme à livresse
du raisonnement, sont apparues au fil dune inquiétante
placidité. Même le fameux « si Dieu nexiste
pas tout est permis », dit par Ivan dans un passage antérieur
du livre et répété ici, partiellement, sous
forme de confirmation, a sonné avec la force dun
simple constat.
Dune certaine façon, léquilibre,
auquel sont parvenus les comédiens, entre la simple lecture
et linterprétation, était exemplaire du lieu
où les acteurs se situent dans le cadre du Banquet, confrontés
quils sont à des textes qui nexcluent a priori
la lecture orale que pour mieux la rendre nécessaire.
Comme si une urgence simposait, de partage et de vérification,
là où dhabitude opère la lecture la
plus solitaire.
Le choix de confier à Marc Betton,
en ouverture, quelques extraits du Nouveau Testament, ceux-là
mêmes qui ont nourri la parabole de Dostoïevski, renforça
le sentiment dune gageure pleinement tenue.
Bernard Simeone |
Un mini-concert dorgue chaque
jour à Lagrasse
Lorganiste Jean-Pierre Lecaudey
propose cette semaine quatre
brefs concerts-lectures sur lorgue
de léglise Saint Michel |
Quest-ce
quun concert-lecture ?
Par rapport à un concert traditionnel,
lobjectif du concert-lecture est avant tout pédagogique.
Il sagit de découvrir une uvre, ou de la redécouvrir
grâce à une explication préalable : pendant
une dizaine de minutes, jessaiede mettre en évidence
la forme de la pièce, sa structure, ses thèmes,
comment ils peuvent se répondre, de manière à
ce que le public puisse lapprécier dans toutes ses
finesses. Puis je joue une demi-heure ou quarante minutes. Ça
permet délargir la culture des mélomanes,
avertis ou débutants, de leur donner le goût, lintérêt
daller puiser aux sources de la structure-même des
uvres. Car de la même manière quil y
a dans larchitecture toutes les règles dun
savoir, dans la musique, il y a aussi une architecture propre
lharmonie, le contrepoint qui lorsquon
la saisit, relève le plaisir intellectuel qui sajoute
au plaisir sensible de lécoute
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Comment avez-vous
composé les programmes ?
Jessaie surtout de mettre en valeur linstrument ;
quand on choisit la musique qui convient à linstrument,
on nest jamais déçu. Alors évidemment,
ça oblige à changer très souvent de programme
: jen suis, depuis le début de lété,
à mon douzième récital, et jai une
valise entière de partitions. Jai joué en
Hollande sur des instruments nordiques allemands, sur des orgues
romantiques, des orgues modernes, des orgues classiques, et je
ne joue jamais la même chose
Mercredi : Louis Vierne.
Jeudi : César Franck.
Chaque soir à 19 h 30,
église Saint Michel, entrée libre. |