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Pour Claude Lucas
par Micha Andreieff |
Bon sang, mais cest bien sûr !
Dans larticle de Maite Larrauri, «
Jardins et bateaux », (voir Corbières matin
n° 42, p. 16) le mot paresia peut surprendre. Il représente
un mot grec, que lusage français transcrit autrement
: parrhèsia. De fait, le vocable sanalyse
aisément : rhèsia (à rapprocher de
« rhétorique ») est la prise de parole ; par
(à rapprocher de pan, dans « pandémique
») est une expression du tout. Bref, il sagit du
droit de prendre la parole sur tout. La traduction latine la
plus courante est libertas loquendi (la liberté
de parole) et les Athéniens y reconnaissaient le trait
distinctif de leur démocratie.
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Jai lu Suerte de Claude Lucas
il y a un an. Je me suis interrogé : lhomme davant
lécriture de Suerte est-il le même
quaprès ? Ayant lu, ma réponse est non, mais
le juge ne veut rien « entendre ».
Personne na soufflé à
Lucas que pour trouver davantage de clémence, il valait
mieux se tremper dans la politique, ne serait-ce quun temps,
avant de faire le voyou. Lancer par la fenêtre aux passants
les diamants dun braquage raté na rien de
politique, cest le geste insolent et provocateur dun
voyou, qui a de plus manqué son suicide.
Sa peine, il lexécute. Il ne
la conteste pas. Ce quil demande, cest une remise
de peine, comme tout prisonnier. Remise qui prenne en considération
quil est entré malfaiteur en prison, et que depuis
il est devenu celui qui a pu écrire Suerte.
Il faut quil sorte bientôt, ne
serait-ce que pour avoir témoigné de ce que la
prison fait aux hommes. Rappelons que les remises de peine accordées
à partir des années soixante-dix ont été
moins nombreuses dès 1984-1985, lorsque la télévision
fut introduite dans les cellules !
Claude Lucas a dit lui-même : «
payer ne signifie pas, ne doit pas signifier se taire
ni se dispenser de penser. Aussi scandaleux que cela puisse paraître
aux braves gens, la justice et la prison peuvent légitimement
être critiquées par ceux-là mêmes à
qui elles sappliquent, spécialement si leur critique,
dépassant leur cas particulier, porte sur le fond du problème. |
[
] Il y a [
] un point de vue du condamné
qui vaut au moins autant que celui dun observateur impartial,
car cest sur le condamné et lui seul que les effets
de linjustice de lune et de linadéquation
de lautre se font sentir ».
Quajouter à cela ? Un grand
nombre de ses lecteurs lui manifestent lintérêt
quils ont pris à la lecture de son livre et expriment
le souhait de voir sa peine réduite, un grand nombre décrivains
le reconnaissent comme lun des leurs.
Est-on en train maintenant de punir Claude Lucas pour avoir témoigné
et péché en littérature ?
Suerte, lexclusion volontaire
Plon, « Terre humaine », février 1996
Dernier ouvrage paru : Chemin de fleurs, suivi de Désert,
Flammarion, 1998 |