LIndice
sest donné une exigence dexactitude et de
clarté. Pour cela la revue fait appel à des spécialistes.
Mais que recouvre ce terme de spécialiste ?
Lidée
était : pour chaque livre, la recension doit être
faite par un spécialiste universitaire. Pas dans le sens
dexpert en économie ou en littérature chinoise
mais expert sur le thème de tel livre en particulier.
Or le vrai défi était quil ne devait sagir
ni dun essai, ni dun clin dil aux autres
spécialistes. Cétait là le modèle,
lidéal. Ces dernières années nous
avons évolué vers une forme plus journalistique,
en ce qui concerne les thèmes. On a traité par
exemple des ateliers décriture, des rapports entre
littérature et cinéma. Au début nous refusions
de faire des entretiens. Nous étions une revue de recension
de livres : le livre devait parler de lui-même. Notre objectif
était double : fuir une formule comme celle de la revue
Alfabeta, une revue pour spécialistes universitaires
multipliant les signes de connivence. Elle était consacrée
à des mouvements comme le post-modernisme ou larte
povera, traités dans un langage ésotérique.
Dun autre côté il y avait le supplément
littéraire de La Stampa, qui sintéressait
surtout à ce qui est autour de luvre. On y
trouvait des entretiens, des considérations à la
mode. Notre démarche a eu une signification politique
dans la mesure où le livre devenant un bien de consommation
de masse, présenter des recensions rigoureuses était
un acte de résistance culturelle. |
Un
spécialiste très compétent peut sopposer
à un autre spécialiste tout aussi compétent,
mais qui a des idées totalement opposées.
Cest
un vrai problème. Dans les premières années
de la revue, il était résolu un peu trop facilement.
Le bon recenseur devait rendre compte non seulement du livre
mais aussi du contexte. Mais il y a des questions controversées.
Alors lobjectif affirmé dinformation pose
problème. Informer, cest aussi informer sur létat
dun débat. Et pourquoi pas, prendre parti. Il existe
des cas où des recensions respectant le modèle
fixé par lIndice exposent des arguments contradictoires
sur un même thème. Cela pose problème. On
peut comprendre quil y ait des positions différentes,
mais il est plus difficile daccepter que dans la même
revue soient juxtaposées des critiques contradictoires
qui ne dialoguent pas entre elles. Cest une question débattue
à lintérieur de la rédaction. Pour
moi, par exemple, il est difficile de continuer à pratiquer
ce genre de confrontation sansintervention de la rédaction
peut-être suffirait-il de mettre un chapeau de
présentation. À mon avis, on peut aborder une question
de deux façons. Lune dit : les choses sont ainsi
et ne peuvent pas être autrement, lautre se propose
dintervenir pour transformer les choses.
Mais
qui doit intervenir, la revue ou lauteur de la recension
?
Cest
là le problème. La position majoritaire, qui nest
pas la mienne,
|
veut que la revue se tienne au-dessus de la mêlée.
Limportant cest de choisir des personnes et de choisir
des livres. Il me semble que ce nest plus possible aujourdhui.
Il faut entrer dans la mêlée et ne pas faire des
choix livre par livre mais avec une ligne culturelle plus transversale,
y compris par rapport aux disciplines elles-mêmes. Je ne
suis plus convaincu quaujourdhui le lecteur cultivé
veuille trouver dans une revue des sections compartimentées
où chaque discipline traite les choses à sa manière.
Il nous faudrait risquer maintenant le croisement entre disciplines.
Le fait davoir introduit des thèmes non universitaires
comme les films ou les ateliers décriture est positif.
Mais nous devrions introduire une critique interne aux disciplines.
Actuellement nous avons tendance à suivre simplement lévolution
des disciplines : si un courant perd de linfluence, il
occupe peu à peu une place plus réduite dans la
revue. Je pense que lon devrait faire un choix différent
: celui de lintervention critique, transversale, à
distance de lévolution interne de la discipline.
Être pluraliste ne veut pas dire être éclectique.
On ne peut pas être une revue culturelle critique et dire
une chose en page une et une autre en page quatre. On doit mettre
en question les points de vue. Lautre possibilité
est de dire : nous choisissons une voie critique qui représente,
à notre avis, la pensée la plus rigoureuse dans
tel domaine des sciences humaines. Cest ma position personnelle
quant à la vérité de la critique.
Propos recueillis
par D.B. |