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En 1993, Olivier Rolin publiait
LInvention du monde, immense projet littéraire
autour duquel, depuis,
tourne toute son uvre.
Dans lentretien qui suit avec Bernard Comment, il revient
sur cette tentative denfermer le monde dans un livre, tout
en soulignant que ce sont les paris impossibles qui font vivre
la littérature. Puis, sur ces entrefaites, ils se turent
Le
projet était grandiose, mais plein de pièges :
raconter ce qui sest passé dans le monde à
une date précise, en loccurrence le 21 mars 1989,
et en opérer la synthèse globalisante sur le mode
dune fiction planétaire.
« Jai formé le dessein de conter, en un récit
continu, les métamorphoses qui composent la figure innombrable
de ce jour. » Ce sont en fait quarante-huit heures qui
sont ainsi appréhendées, par leffet des décalages
horaires et le roman tire un remarquable parti de ces
décrochements où la simultanéité
des faits et des réalités entre en contradiction
avec les partages institués du temps. On pouvait craindre
le catalogue, ou le tour de prodige qui ennuie, ou une idée
systématique qui sépuise vite, ou la velléité,
ou la lourdeur, ou la fadeur. Il nen est rien. Rolin a
accumulé les journaux du monde entier, relatifs au même
jour, il en a tiré le matériau dune encyclopédie
absurde et splendide, quil a réussi à mettre
en mouvement, dans une rotation progressive et fulgurante, jusquà
la chute finale dans la folie, tribut payé à la
démesure, aboutissement de limpossible.
Le narrateur
de LInvention du monde brasse les flux dinformation,
de situations qui se croisent, se relayent, se mélangent.
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