cycle vidéo écrivains
15 h
 cinéma aux étoiles
21 h 30

Georges Simenon (1903-1989)
de Pierre Desfons

L’homme est assis à son bureau et taille minutieusement des crayons qu’il range, pointes en l’air, dans un gobelet disant que « s’il avait à choisir, il écrirait plutôt avec un burin et graverait les mots dans la pierre ». On peut imaginer le travail : 275 volumes, des milliers de pages publiées sous 22 pseudonymes et rédigées à la « force des nerfs », selon un rituel immuable, 8 à 11 jours maximum à raison d’un chapitre par jour !
Georges Simenon, né à Liège en février 1903 dans une famille de gens ordinaires que sa patte maligne d’écrivain transformera en héros ou assassins, est un auteur hors norme. Après un passage à La Gazette de Liège à l’âge de dix-sept ans et un mariage à vingt ans, il débarque à Paris en 1922. En quelques années, il écrit 187 romans populaires sous divers pseudonymes et se forge, sur les conseils de Colette, un style simple qui vise à l’essentiel et lui fera dire qu’un écrivain n’est pas un intellectuel. C’est au cours d’une croisière dans le Nord de l’Europe qu’il invente Maigret, un commissaire qui lui ressemble : « intuitif, lourd, d’une intelligence ordinaire mais qui sait lire à l’intérieur des gens ». Entre deux Maigret, il revient au journalisme et voyage à travers le monde, Russie, Amérique du Sud et surtout l’Afrique noire. Il dénonce le système colonial et ses abus dans Le coup de lune et perpétue son expérience de voyageur avec 45 degrés à l’ombre, Quartier nègre, Touriste de bananes qui sont publiées chez Gallimard. Accusé de collaboration à la Libération pour la vente de cinq de ses romans à une société de production de cinéma allemande, il s’exile avec sa femme, sa maîtresse et son fils au Canada, puis à New York où il rencontre Denise qui lui inspire Trois chambres à Manhattan et lui donne trois enfants. En 1952, il fait un retour triomphal en Europe et s’installe en Suisse. La rupture avec Denise, puis la décision d’arrêter d’écrire en 1972, l’amèneront à retrouver peu à peu un cadre de vie proche de celui de son enfance. « L’homme aux 1 000 femmes » finira sa vie auprès de sa femme de chambre, Teresa, et prendra le visage d’un de ses personnages de roman.

— Florence Jammot

La mort d’Empédocle
de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet
avec Andreas Von Rauch,
Vladimir Baratta, Howard Vernon

Le cinéma de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet prend le risque quasi pascalien de la pensée. Il est « archaïque » ; les textes qu’il met en scène viennent de loin : à l’exception d’Heinrich Böll et de Franco Fortini, ils sont antérieurs au milieu du siècle. Il ne se tient pas à l’« avant-garde » : il méprise les « expériences » où se préparent les techniques et profits de l’exploitation. Il n’est pas « difficile » ou « minimal », pas plus en tout cas que Corneille, Hölderlin, Cézanne, Kafka, Brecht ou Schönberg. Il est exigeant : il traite avec son public d’égal à égal. Il ne mâche pas les mots et ne facilite pas le travail.
Écrire sur ce cinéma-là est une épreuve. Il faut en passer par une résistance triple : l’épaisseur du film, le tranchant des mots et la récurrence des idées reçues. Impossible d’y couper, de se réfugier dans le jardin sécuritaire de la « théorie » et de goûter aux réconforts de la paraphrase, d’expliquer ou de raconter. La mise en scène, film après film, traîne l’écriture. Elle la contraint à abandonner les abris du hors-champ. Il faut suivre les films pas à pas, mettre son empreinte dans leur trace au risque de brouiller l’une et l’autre.
Danièle Huillet et Jean-Marie Straub n’ont à offrir que l’intelligence de leur fureur. Ils ne sont pas « réconciliés » et refusent de se « repentir ». Ils ne partagent pas l’euphorie sinistre du bel aujourd’hui. De Machorka-Muff à Cézanne, il n’y en a, depuis trente ans, sur le champ clos de l’écran, en plein cadre, que pour le refus.

Texte extrait de Aux distraitement désespérés que nous sommes de Louis Seguin, publié aux éditions Ombres.
Les textes de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub
sont publiés aux éditions Ombres, notamment :
La mort d’Empédocle de Hölderlin
Antigone de Sophocle/Hölderlin/Brecht
Moïse et Aaron d’Arnold Schoenberg
Chronique d’Ana Magdaléna Bach
Von heute auf morgen
de Arnold Schoenberg

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