rencontre



18 h

Pierre Carles, à la première
personne du subversif

 

Pas vu pas pris part d’un sujet tourné il y a trois ans, commandé puis interdit d’antenne par Canal +
Pas vu à la télé. Bernard Benyamin, Patrick de Carolis, Anne Sinclair, Alain Duhamel et Charles Villeneuve défilent (entre autres), devant la caméra candide de Pierre Carles, pour une fois sujets d’une enquête qui concerne leur profession.
Après avoir proclamé qu’il n’y a pas de sujet tabou à la télé, ceux-ci découvrent un document piraté montrant Étienne Mougeotte et François Léotard en discussion d’affaire au sujet des destinées de TF1. Question posée : auraient-ils accepté de diffuser ce document et si non, pourquoi ? Sans parler de l’efficacité burlesque du procédé, qui joue d’un véritable comique de contamination habilement relayé
par le montage, l’enquête elle-même est objectivement décapante : tout peut-être dit à la télévision, tout sauf une chose : la connivence de plus en plus étroite des journalistes et du pouvoir politique. Pierre Carles, en retraçant la chronique de l’interdiction de son sujet, de sa diffusion en Belgique, de sa récupération par Karl Zéro, nous livre une réflexion acerbe sur l’étendue de ce “quatrième pouvoir ” que sont devenus les médias, et sur les compromissions de ceux qui en sont les maîtres.

Pas vu pas pris, le film de Pierre Carles sur le journalisme télévisé de connivence, interdit d’antenne en France, est présenté cet après-midi au Banquet, en attendant sa sortie en salle à la rentrée. Si tout va bien.

On est sûr d’avoir déjà vu ça quelque part ; dans un vieux Charlot, peut-être, ou un Laurel et Hardy : le type un peu naïf qui s’approche d’un autre, lui montre un petit fil qui dépasse de son gilet et qui, pour l’en débarrasser, tire gentiment dessus. Une minute après, l’autre est nu comme un ver. C’est un peu la manière de Pierre Carles. À ce monde des médias qui nous « prend la tête » – il arrive parfois que l’argot de nos enfants dise mieux les choses qu’on ne saurait le faire –, il a entrepris, voici quelques films, de tailler, à petits bouts, un costard multicolore. Le fil d’aujourd’hui est un peu gros, et d’aucuns prétendent que tout le monde l’avait vu. Mais la féroce comédie qu’il nous propose, sur les journalistes vedettes de la télévision, se déguste comme un carnaval à l’ancienne : grosses têtes et jeux de massacre.
Il reste que lorsque l’on consulte la filmographie de Pierre Carles qui, depuis 10 ans, a réalisé 16 documentaires, reportages ou courts sujets, on est frappé par le nombre de titres suivis, juste après le nom d’un diffuseur (M6, Canal +), par la mention Inédit. Avec deux lettres de plus et un accent en moins, inédit, à la télévision, se dit interdit. « La télévision, dit Carles, est fondamentalement un outil de propagande au service du discours dominant.(1)»
Dans ces conditions, on a toujours évidemment beaucoup à dire sur la machine qui, pas folle, laisse gesticuler ses bouffons. « La télé récupère tout. L’exemple parfait, c’est le sujet que j’ai réalisé en 1995 sur la fausse interview de Castro par PPDA.

(1). Entretien Charlie Hebdo, 13 mai 1998

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